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Le Moussem de Moulay Abdelslam reporté

juin 30, 2011 By: Dar Rehla Category: Coutumes, Culture, Histoire

Se tenant traditionnellement le 1er juillet, le moussem de Moulay Abdelslam sera reporté cette année au 9 juillet en raison du référendum sur la nouvelle constitution qui se déroulera le 1er.

L’année passée, je m’étais rendu à Moulay Abdelsam en compagnie de Mohamed qui y possède une charmante maison et j’avais relaté cette expérience dans cet article.  Malheureusement, nous étions arrivés trop tard et les festivités étaient terminées, à ma grande déception.

Cette année, je m’y rendrai à nouveau mais à la bonne date… Enfin je l’espère, car comme toujours les informations restent difficilement vérifiables (cherchez vous-même)… Ce sera en compagnie de Manolo, un ami photographe qui souhaite également y aller et en rapporter quelques clichés pleins d’authenticité.  Voilà plusieurs années qu’il attend cette opportunité et à chaque fois, son emploi du temps ne cadrait pas.

Manolo est un passionné du Maroc et de randonnées : il tient d’ailleurs également un blog intitulé « Randonnées dans le Rif » dans lequel il a  fait un article sur Moulay Abdelslam qu’il m’a autorisé d’utiliser.  J’en ai tiré l’essentiel de cet article mais y ai apporté d’autres informations complémentaires.

Après publication de l’article, Manolo m’a informé que le blog auquel je faisais référence ne lui appartenait pas…  Cette information m’a ensuite été confirmée par les propriétaires du blog qui m’ont envoyé un petit message afin de préciser les choses.  Voilà qui est fait.

J’en profite pour donner le lien du site que tient toutefois Manolo : il s’agit d’un site de photographie dont il est également passionné et probablement plus que de randonnées, d’ailleurs… http://www.espaliu.com/  Un vrai plaisir…

Mais revenons à notre ami Moulay Abdessalam  ben M’chich…

Sa biographie

Moulay Abd.al-Salâm Ibn Mashîsh vécut au VII siècle de l’Egire (560-625) soit entre 1165 et 1228 de l’ère chrétienne mais la réalité de sa vie se mélange toutefois avec la légende.
Dès son plus jeune âge l’enfant suit l’enseignement coranique et à l’âge de 12 ans, il connait déjà le Coran dans sept versions phonétiques. Cet enseignement sera complété par une initiation spirituelle qu’il recevra à Bagdad du maître Abd al-Rahman al-Madanî al-Hassanî surnommé al-Zayyât.  C’est au cours de ce même séjour qu’il fera la connaissance de son futur disciple Alî al Ghumâri que l’on connaît aussi sous le patronyme de Abû-l-Hasan  al-Shâdhilî et qui contribuera à la diffusion de sa doctrine.

A son retour et à la demande des habitants de l’endroit qui reconnaissent en lui un certain nombre de vertus et de pouvoirs, il s’installe au sommet du mont La’Lâm, dans une grotte, à proximité d’une source.

Moulay Abd.al-Salâm Ibn Mashîsh sera assassiné à l’âge de 32 ans par Ibn Abî al-Taouâjin al Kutâmi, alors gouverneur de Sebta,  à proximité de la source où il pratiquait ses ablutions.  Un texte de la plume d’un père franciscain espagnol relate que l’assassinat fut commandité par le sultan Moulay Ismaïl, en raison de la propagande négative qu’il lui faisait.  Pour d’autres, ce serait Ibn Abî al-Taouâjin qui serait le seul responsable car il voyait en sa personne une menace réelle pour ses projets (cf. wikipedia)

On est au sommet du Djebel !
By Dar Rehla - Maison d'hôtes à Tétouan  |  View on Facebook

L’endroit où il va s’installer revêtissait une importance spirituelle incontestable car il était déjà associé à un culte solaire par les anciennes populations berbères et il devint donc naturellement un lieu spirituel et purificateur : un « pôle » pour les soufis.

 

Mais par ailleurs le lieu est stratégiquement important car du sommet du djebel on domine les côtes méditerranéennes de Tétouan jusqu’à Ceuta, atlantiques de Tanger à Larache mais également toute la région intérieure de Chefchaouen et Ouezzane.

Sa doctrine (Shâdhilia)

On ne saurait parler de Moulay Abd.al-Salâm Ibn Mashîsh sans évoquer le soufisme (Tasawwuf) qui, en peu de mots,  représente le mysticisme  de l’Islam “c’est son aspect intérieur, sa substance, son âme, son essence ».  Il attribue un sens profond au texte coranique, occulte aux non-initiés et se développera pendant les trois premiers siècles de l’islam à Bagdad.

Moulay Abdessalam fut donc l’un des précurseurs du soufisme au Maroc et le fondateur de l’ordre mystique “al Tarîqa al-Shâdhiliyya” .  Parmi ses disciples figure Abu-l-Hasan al Shâdhili (1258) né à Ghumara et qui diffusera sa doctrine dans des contrées éloignées telles que la Tunisie, la Lybie, l’Egypte et l’Iraq. On estime à quelques 12 millions les adeptes qui se prévalent de la Tarîqa al-Shâdhiliyya , rien qu’en Egypte…

Cette doctrine, qui n’exige ni monastères ni pratiques ostentatoires, se transmet oralement de générations en générations. La seule pièce écrite est une prière “Al Salât al-Mashîshiyya”qui est connue dans les recoins du monde islamique. Cette prière possède une grande valeur lyrique, d’une grande musicalité qui la rend unique.

Par ailleurs sa doctrine avait une portée politique également et ses disciples incitaient au Jihad chaque fois que la souveraineté du Maroc était menacée.  Ils devinrent les agents mobilisateurs de la guerre sainte contre les colonisateurs portugais et espagnols.

rem. : Pour en savoir un peu plus sur le soufisme, je vous renvoie à cet article « Soufismo no gharb Al-Andalus » de mon ami Frederico Mendes Paula.  L’article est en portugais et si vous ne pouvez comprendre cette langue, il faudra attendre que j’en fasse une traduction. (je pense que Frederico ne verra pas d’objections à cela,car on avait déjà procédé de la sorte pour un précédent article qu’il m’avait soumis « Contrastes » que vous pouvez lire en portugais ou en français.  Le blog « aventar.eu » est par ailleurs une source précieuse d’informations : sur la culture arabo-andalouse, mais pas seulement…

Le Moussem ou pélerinage

Après sa mort, la tombe de Moulay Abd.al-Salâm Ibn Mashîsh deviendra un lieu de pélerinage et de mémoire mais il faudra attendre quelques siècles (1519-1510) et le retour de la Shâdhiliyya au Maroc sous la dynastie des Mérinides pour que sa vénération soit à jamais reconnue.

Depuis, chaque année, le site est visité par de nombreux pèlerins et donnent lieu à de nombreuses manifestations hautes en couleurs.

Le sanctuaire et le site avoisinant acquerront même un statut d’espace inviolable “hurm mashishien”  où peuvent se réfugier ceux qui le souhaitent.  C’est d’ailleurs au pied du mont, aux abords du village de Dar Lahcen, que s’est réfugié fin du XVIIIème siècle Moulay Yasid, un sultan de la dynastie alaouite dont on préfère oublier l’existence… On n’en voudra pour preuve, que les ruines abandonnées du palais qu’il occupa ici.

Les ruines de Moulay Yasid - Dar Lahcen
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En route vers Moulay Abdelslam et son moussem

août 01, 2010 By: Dar Rehla Category: A voir, Art et artisanat, Environnement, Religions et Cultes

Dernièrement Abdelatif, une connaissance travaillant à l’Institut français de Tétouan, est passé par la maison. Ce monsieur, randonneur confirmé avait fait la semaine précédente une sortie dans la région de Moulay Abdelslam en compagnie de quelques uns de ses collègues de l’Institut mais aussi de Mohamed, un de ses amis d’enfance originaire de l’endroit qui les a hébergés pour l’occasion.
Lors de ce séjour, Abdelatif a eu l’occasion de parler de notre maison « Dar Rehla » et Mohamed qui de son côté veut développer une activité de tourisme rural dans cette zone a manifesté son souhait de faire ma connaissance.  Comme vous aurez pu le constater, faire connaître Tétouan et sa région font partie de mes préoccupations quotidiennes et l’objet de ce blog : l’occasion était donc trop belle de découvrir cette région montagneuse toute proche et pourtant encore fort méconnue, hors des sentiers battus…  Qui plus est j’avais entendu parler de l’endroit car il s’y déroule en juillet un « moussem » et on est donc dans la période.  Un moussem est un fête annuelle régionale en l’honneur d’un saint et ici en l’occurrence c’est celui de Moulay Abdelslam Ibn Mchich considéré le père de la chadilya une des branches du soufisme. Assassiné en 1228, son mausolée se situe au somment du Djebel Alam (1362m) et l’endroit est devenu un lieu de pèlerinage où viennent se concentrer de nombreuses tribus de la région. Il semblerait que deux dates soient l’occasion de festivités : le 1er juillet et une autre date, variable, fonction des mois lunaires. A fur et à mesure des années ces dates se rapprochent et, cette année, la deuxième date se situe le 28 juillet. Ce sera cette date que nous choisirons pour notre visite.

Le village de Moulay Abdelslam se situe dans les montagnes entre Tétouan, Chechaouen et Larache, ses habitants sont les Chorfas des Beni Arous, descendants du prophète Mahomet par sa fille Fatima. Pour accéder au village qui se situe en haut du Djebel Alam il existe plusieurs routes selon la ville d’où l’on part. En partant de Tétouan, on emprunte la route vers Chefchaouen, on dépasse Zinat et on bifurque à droite pour emprunter une petite route dont les premiers kilomètres sont fort dégradés. Prochainement quand le barrage de Martil sera terminé et mis sous eau, cette route n’existera plus. Ici, la bifurcation n’est pas indiquée et il faut connaître.
A partir de là on s’engage sur une route sinueuse qui traverse des paysages parsemés de champs et de quelques récentes plantations d’oliviers.
La route vers Moulay Abdeslam Paysage du rif
On y pratique aussi l’élevage : bovins, ovins et caprins.
Bovins en pâture Ovins en quête de pâturage

La prudence s’impose sur ce type de route étroite, peu balisée et dont les bas-côtés portent bien leur nom… Certains jours et en particulier le mardi, le trafic peut être important sur ce premier tronçon car il existe un souk dans un village un peu plus haut.

Les constructions sont rares mais d’une architecture typique : murs traditionnels en pisé et toitures « modernes » en tôle qui prennent des nuances très variées en fonction de leur état d’oxydation.
Habitat traditionnel Habitat rifain
Au départ, ces toits étaient en chaume et constituaient une « sur-toiture » délimitant un espace de type grenier où l’on entreposait des denrées. Le plafond des maisons est normalement composé de cannes de roseau, de feuilles de fougères que l’on trouve en abondance dans les massifs forestiers tout proches et d’un mortier, le tout constituant un isolant efficace.
Plafond d'une habitation rifaine
Plus haut le paysage change et la forêt prend progressivement le dessus.
Le paysage change progressivement La chêneraie sur la route de Moulay Abdelslam
Ce sont principalement des chênes-liège dont l’écorce est utilisée à la fabrication de divers objets d’usage courant tels que tables et tabourets et à certains endroits sur la route,  des enfants vous les proposeront.

Sur le chemin, il se pourrait également que vous rencontriez un ou deux « cantonniers »  mais ne vous laissez pas prendre au piège de leur sollicitation et ne leur donner pas une pièce. Ils n’entretiennent nullement la route. Ils sont au même endroit depuis longtemps et se contentent de jeter quelques pelletés de terre dès qu’ils entendent le bruit d’un moteur…Enfin libre à vous.

La région est riche en eau et lors de votre ascension vous pourrez voir de nombreuses sources reconnaissables aux constructions qui les protègent.  L’eau y est d’une fraicheur et encore de qualité car il n’est fait ici aucun usage de pesticides.
Une source

Plus haut sur la route mais en contrebas de Moulay Abdelslam, à quelques centaines de mètres se trouve une autre source autour de laquelle divers établissements et constructions se sont installés.  C’est à mon sens une halte indispensable !
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L’endroit dispose également d’une aire de prière très sobre, propre au recueillement .
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A proximité, vous ne pourrez manquer quelques constructions modernes en pierre dont l’architecture tranche avec les maisons traditionnelles que vous aurez vues sur le chemin.  Toutefois,  je les trouve réussies, s’intégrant bien au paysage.
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Mais, d’après mes informations, ces constructions sont l’objet d’un litige car construites « irrégulièrement » sur un terrain appartenant aux Chorfas, les habitants du lieu… Il faut espérer que ce litige trouve rapidement une solution et que ces constructions puissent trouver une utilisation au profit des membres de la communauté locale dont les ressources sont maigres.

Nous y avons laissé la voiture et en avons profité pour déjeuner dans un des établissements du lieu.  Reconnaissable à sa décoration, l’endroit est coloré, plein de détails qui méritent de s’y attarder.  De plus tout y est impeccable : thé, tagines, grillade, musique, accueil, propreté, authenticité

A lui seul cet établissement mérite déjà le déplacement ! En attendant d’y aller, profitez des photos !

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