Quotidien et tourisme à Tétouan au Nord du Maroc

Que faire à Tétouan et dans ses environs…
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Tétouan en 1935

avril 14, 2011 By: Dar Rehla Category: Coutumes, Culture, Histoire

Il n’y a pas à dire mais les réseaux sociaux et les plateformes d’échange permettent de découvrir des choses intéressantes.  Ce matin, j’ai trouvé sur le mur d’un ami, Abderrahim, un montage vidéo sur Tétouan datant de  1935.

Le film provient certainement des archives d’un voyageur de l’époque.  Arrivée en bateau sur Tanger et ensuite parcours de la médina de Tétouan.

Pour moi qui connais maintenant relativement bien la médina, j’y reconnais un tas de lieux qui tout compte fait n’ont pas vraiment changé depuis.  Le changement le plus significatif, à mon sens, est celui que présente l’évolution des tenues vestimentaires portées.  Les jeans et tenues modernes occidentales (surtout pour les hommes) remplacent de plus en plus les tenues traditionnelles que l’on voit dans ce documentaire, même si la djellabah reste quand même fort utilisée, surtout en hiver (les maisons ne sont pas chauffées)…

Les femmes aux longs voiles de couleur blanche ont quasiment disparu.   Leur tenue est dorénavant remplacée par la djellabah droite et le foulard (hijab).  Depuis quelque temps, on voit également apparaître les tenues plus austères que sont le voile intégral ou burqua, de couleur grise ou noire, significatives de la montée d’un certain islam plus radical…

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Journée Internationale des Monuments et des sites de l’Unesco à Tétouan : « walou »

avril 13, 2011 By: Dar Rehla Category: Architecture, Culture, Histoire

Depuis 1987, le 18 avril est reconnu comme la Journée Internationale des Monuments et  Sites de L’UNESCO. Par la mise en place de cette journée, l’UNESCO offre une occasion de sensibiliser le public à la diversité du patrimoine dans le monde et aux efforts que requièrent sa protection et sa conservation ainsi que de permettre d’attirer l’attention sur sa vulnérabilité.

Au Maroc ce sont huit sites historiques qui sont inscrits sur cette liste :

  1. La médina de Fès (1981)
  2. La médina de Marrakech (1983)
  3. Le Ksar d’Aït-Ben-Haddou (1987)
  4. La ville historique de Meknès (1996)
  5. Le site archéologique de Volubilis (1997)
  6. La médina de Tétouan (1997)
  7. La médina d’Essaouira (2001)
  8. La ville portugaise de Mazagan (El Jadida) (2004).

La place Jama El-Fna de Marrakech (2001) et le moussen de Tan-Tan (2005) sont également reconnus par l’UNESCO mais dans la catégorie Patrimoine oral et immatériel.

Ainsi depuis 1997, la médina de Tétouan fait partie de cette liste prestigieuse. A voir la situation dégradée qui prévaut dans l’ensemble des quartiers qui la constituent, on peut s’étonner du peu de cas que les autorités compétentes font de celle-ci pour la valoriser…  Au contraire, et d’après ce que l’on peut constater sur des photos d’archive, un certain laxisme a certainement permis des modifications du cadre bâti incompatibles avec son statut de « site historique ».  Non pas qu’il faille fixer les choses dans le temps, la ville doit bien évoluer mais des normes architecturales sur les façades, les portes, les fenêtres, matériaux, etc… devraient être imposées pour les travaux d’aménagement ou de rénovation.  La réglementation semble pourtant exister comme le montre cette photo.

rem : cette image a été présentée récemment suite à un travail réalisé par des étudiants dans le cadre d’un atelier EURMED portant sur l’aménagement de la médina.  J’en reparlerai dans un autre article car des analyses intéressantes ont été faites et des idées originales proposées même si certaines d’entre-elles auraient peu de chances de se réaliser dans le contexte culturel qui prévaut à Tétouan.

Mais alors, si la réglementation existe, comment peut-on expliquer les violations nombreuses et persistantes de ces règles ?

Tétouan dispose d’un atout touristique évident en sa médina mais il est indispensable que des aménagements y soient apportés et surtout que son entretien soit suivi !

En 2002, le journal L’économiste titrait  « TÉTOUAN: LA RÉHABILITATION DE LA MÉDINA SUR LE TAPIS. » et on pouvait lire

La médina de Tétouan a souffert depuis longtemps d’une anarchie au niveau des interventions, ce qui a partiellement dénaturé le caractère historique de cette ville. D’autant que la forte pression démographique, ajoutée au manque d’entretien, a entraîné une dégradation visible de cette médina.

Le constat était déjà là mais 10 ans plus tard, où en est-on ?  Allez je ne vais pas être chien… il y a quand même eu des réalisations, jugez-en :

-  des travaux d’assainissement (égouttage) ont été entrepris (+/- 2008) du côté de Bab Saida mais à ce jour le revêtement se limite toujours à une dalle de béton mal finie d’où les bouches d’égout dépassent et constituent des entraves à la circulation…
- du côté de Souk-El-Fokki, la situation est identique et par temps de pluie il vaut mieux avoir des bottes car les écoulements et évacuations ne se font pas : Souk-el-Fokki devient alors une grande mare…
- dans certaines rues du quartier des artisans, on a ravalé les façades et refait les « marquises ».  Normalement, ces aménagements auraient dû se poursuivre tout le long de la rue Niyarin et de l’Ayun mais ils se sont arrêtés il y a quelque temps déjà…
- depuis peu, on a de nouvelles plaques signalétiques pour le nom des rues
Plaque signalétique
- et encore plus récemment, des plaques signalétiques sur les bâtiments intéressants et historiques ont fait leur apparition.
Plaque signalétique
Par ailleurs et c’est à mon sens le chantier le plus significatif ou du moins le plus abouti, plusieurs maisons historiques et prestigieuses telles celles de l’Adarve Chorffa Uazzani ont fait l’objet,dans les années 90, d’une restauration complète dans le cadre d’un programme de coopération avec la Junta d’Andalucia.  Cependant ces bâtiments ne sont pas ouverts au public et restent inaccessibles ?   A ma connaissance certains d’entre eux sont encore occupés et habités… et l’un a même été revendu depuis !  L’argent de la coopération servirait-il donc aux propriétaires à réaliser des plus-values immobilières ?  J’aimerais que l’on m’explique d’autant que ces maisons sont souvent la propriété de riches familles bourgeoises reconnues qui ne sont pas démunies de moyens financiers, croyez-moi…

On peut citer également la rénovation de la médersa Loukach qui devrait abriter un musée… Depuis que l’on est arrivés à Tétouan, on nous en parle mais à ce jour on reste dans l’attente impatiente car l’architecture du site est exceptionnelle, comme en témoigne cette photo tirée d’un livre que vous pourriez consulter à Dar Rehla, notre petit riad maison d’hôtes si vous nous faites le plaisir de nous choisir pour votre hébergement.
La médersa Loukach

Des sites intéressants au sein de la médina, il en existe bien d’autres :  mosquées,  zaouias, hammams, foundouks, fours collectifs, etc… Certains sont dans un état de ruine avancé et menacent d’effondrement.  En ce qui concerne la situation des mosquées et zaouias, suite à l’effondrement en février 2010 du minaret de la mosquée  Berdieyinne de  Meknès qui avait provoqué 41 morts, un état des lieux avait été demandé par le souverain aux services concernés et un vaste programme de restauration s’en est suivi.  A Tétouan, plusieurs mosquées ont déjà été restaurées et actuellement c’est la grande mosquée (1808) qui fait l’objet de travaux : pourtant elle ne semblait pas vraiment menacée.
dsc_3349 La grande mosquée
Le patrimoine de Tétouan est inestimable et se révèle même dans des maisons plus modestes comme celle que j’ai eu le plaisir de visiter et que je vous dévoile dans cet album.  Un véritable bijou, plein de détails architecturaux mais qui menace comme bien d’autres maisons dont certaines ont déjà même été pillées de leurs zelliges et boiseries et même vandalisées…

Alors si l’organisation d’une Journée Internationale des Monuments et  Sites vise la sensibilisation du public à la diversité de son patrimoine et aux efforts que requièrent sa protection et sa conservation mais aussi à mettre le point sur sa vulnérabilité, on peut regretter qu’aucune initiative n’ait été prise par une association telle que Tétouan-Asmir à qui l’on doit les efforts de classement de la ville sur la liste de l’UNESCO mais aussi par l’antenne tétouanaise de l’Ecole Nationale d’Architecture qui devrait être le garant de la sauvegarde de ce patrimoine.

Alors, à quand l’organisation d’un programme tel que celui proposé par l’association Casamémoire de Casablanca qui profite de la médiatisation de la journée pour faire Les Journées du Patrimoine (Casa ne fait pas partie de la liste UNESCO) au cours des quelles elle lancera un guide architectural de la ville et organisera des visites dans une vingtaine de bâtiments dont vous pouvez  télécharger le programme complet.
Les Journées du Patrimoine de Casablanca

En attendant une prochaine édition et la concrétisation d’un programme pour Tétouan, je vous invite à découvrir dans le slideshow ci-dessous quelques intérieurs de maisons tétouanaises.

 

 

 

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Au détour d’une ruelle

août 31, 2009 By: Dar Rehla Category: Art et artisanat

Au détour d’une ruelle de la médina de Tétouan, vous pourrez admirer le travail des artisans locaux.  Ici une vieille porte donnant accès à l’une des nombreuses mosquées de la médina.  Tétouan est particulièrement reconnue pour la maîtrise de ses artisans et dans l’art de la peinture sur bois.
Une vieille porte peinte de la médina

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Configuration des maisons traditionnelles de Tétouan

juillet 14, 2009 By: Dar Rehla Category: Non classé

Que la maison soit une grande demeure patricienne, un palais, ou une maison modeste ou populaire, elle appartient généralement à une seule famille typologique caractérisée par un patio ou un jardin (riad) central, généralement de forme carrée, autour desquels sont distribuées et s’articulent les pièces d’habitation.

Les façades intérieures deviennent ainsi les façades principales des maisons qui ne possèdent aucune véritable ouverture sur la rue. On peut parler d’une architecture à l’envers.

L’entrée de la maison au travers de la porte principale ou « bab el dar  » se fait via un corridor ou setwan dont la configuration en chicane permet de ménager l’intimité visuelle de la famille. Ce corridor débouche sur la cour centrale qui est entourée sur plusieurs de ses côtés (quelquefois les quatre) par des pièces d’habitation, dont chacune occupe un côté entier. Les pièces ne communiquent pas entre elles et sont peu profondes, entre deux et trois mètres, mais très larges. On y pénètre par une porte centrale, très haute qui contrairement aux portes européennes, n’est pas montée sur paumelles, gonds ou charnières mais sur pivot. De part et d’autre de cette porte sont percées dans l’épaisseur du mur des fenêtres munies d’une grille en fer forgé. Le motif des grilles est généralement différent pour chacune des pièces de la maison.

Dans les maisons aux dimensions plus importantes, la cour est souvent délimitée par un ensemble de portiques composés d’arcade(s) et délimitant une galerie périphérique plus ou moins étroite. Lorsque la maison possède un étage, les portiques du niveau supérieur sont identiques à ceux du rez-de-chaussée. Les galeries ainsi créées permettent de protéger les différentes chambres du soleil et de la pluie.

C’est au niveau du rez-de-chaussée que se trouvent la cuisine et la salle d’eau, raccordées au réseau d’égouttage tout proche au moyen de canalisations en terre cuite. L’évacuation des fumées se fait quant à elle par des cheminées aménagées dans l’épaisseur des murs et qui débouchent au niveau du toit-terrasse.

A Tétouan où le parcellaire est plus limité, les maisons et à fortiori les patios sont souvent de dimensions plus réduites et les maisons se sont développées à la verticale. L’étage est alors consacré aux appartements privés mais s’organise comme au rez-de-chaussée : toutes les chambres s’ouvrent sur le patio central.

L’accès à l’étage se fait par des escaliers assez raides, construits dans l’une des ailes de la maison. Sur le pan de mur correspondant, vient souvent alors se placer au rez de chaussée une fontaine murale en mosaïque. Ces fontaines sont raccordées à un réseau souterrain appelé « sekundu » alimenté par des sources naturelles venant du djebel Dersa.

Les maisons traditionnelles se caractérisent également par leurs hauteurs sous plafond toujours importantes, trois, quatre mètres voire plus et qui contribuent certainement à maintenir la fraicheur des pièces même pendant les périodes les plus chaudes de l’année et de la journée. Les plafonds sont construits en bois de cèdre : ce bois originaire des montagnes de l’Atlas, aux caractéristiques techniques indéniables, est reconnu comme imputrescible et résiste aux attaques des insectes xylophages. En prime, il exhale une senteur caractéristique persistante de nombreuses années.
Les plafonds font également l’objet d’une attention particulière en terme de décoration : sculptés mais plus souvent peints à Tétouan, ce sont souvent de réelles oeuvres d’art pleines de finesse.

Les constructions dépassent rarement deux niveaux de hauteur. Au dessus des chambres, le toit plat ceint d’un muret parfois orné de merlons constitue une terrasse au niveau de laquelle se concentrent de nombreuses activités domestiques et les festivités qui jalonnent et agrémentent la vie quotidienne. Pendant les fortes chaleurs, bon nombre de familles dorment également sur ces terrasses à la recherche de plus de fraicheur. Plus récemment, des aménagements ont vu leur apparition à ce niveau et rehaussé le cadre bâti.

A Tétouan, compte tenu des dimensions réduites des bâtiments et du climat relativement pluvieux, le puits de lumière donnant sur le patio est généralement muni d’une grille en fer forgé (sécurité) et surplombé d’une coupole en verre qui protège les étages inférieurs des intempéries. On peut néanmoins encore voir des habitations dont l’ouverture n’est pas couverte.

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L’organisation spatiale des médina – un entrelacs organisé

juin 01, 2009 By: Dar Rehla Category: Non classé

Lorsque vous pénétrez dans la médina par l’une de ses sept portes (six exactement, la septième ayant été obstruée quelques siècles auparavant), vous serez probablement surpris et désorienté par la topographie de la cité. Rien à voir avec nos villes modernes au tracé rectiligne, vous pénétrez ici dans un méandre de ruelles tortueuses, sombres, parfois couvertes pouvant aboutir à des impasses exigües et cette organisation particulière est l’empreinte du peuple qui a érigé Tétouan. Le quartier du Mellah totalement reconstruit entre 1807 et 1809 par ordre du Sultan Moulay Sliman ainsi que le quartier Tranquat répondent, malgré des plans étrangement rectilignes à cette même organisation.

Le tracé des villes musulmanes ne s’est jamais réalisé selon un schéma directeur préétabli par un quelconque planificateur ou une institution particulière. En atteste d’ailleurs l’absence dans le droit musulman, d’un droit d’urbanisme et d’une législation associée . Pourtant toutes les villes musulmanes semblent organisées selon le même plan à tel point qu’on a pu écrire qu’un citadin musulman ne pourrait s’égarer dans aucune médina. Et c’est au travers de la notion de la famille dont la maison peut être considérée comme la matérialisation objective, particulièrement importante, reconnue et protégée par ce même droit que l’on doit envisager le tracé de la ville originale.
L’espace a été édifié par des bâtisseurs plus enclins à aménager des espaces réservés à leur famille qu’à s’occuper de l’organisation fonctionnelle de la cité. Afin de préserver le secret et l’intime de leurs demeures, il vont utiliser divers moyens : ils réduisent au maximum les ouvertures vers l’extérieur, créent des chicanes, obstruent même l’espace public et multiplient les culs-de-sac. Il en résulte cette configuration spatiale particulière qui caractérise la médina : une multitude d’alvéoles plus ou moins jointes par des ruelles étroites et sinueuses.
Toutefois, comme une ville sans passage aurait été un non lieu et les échanges avec l’extérieur indispensables au développement, des voies de communication plus importantes se sont développées simultanément et on peut finalement distinguer trois types de voies au sein de la médina : les artères principales, les voies secondaires et les impasses.

Rue commerçante de la médina Les artères principales traversent la ville d’Est en Ouest et du Nord au Sud, reliant le centre économique et spirituel de la cité à ses remparts; elles jouent un rôle essentiel, celui de canaliser l’itinéraire de l’étranger et des ruraux dans la médina, leur permettant de commercer, d’aller prier à la mosquée tout en restant écartés des quartiers résidentiels. Tétouan ne dispose pas d’un bazar ou « kissaria » que l’on pourrait clairement définir comme centre urbain et tel qu’il se présente dans les autres médina marocaines.
Toutefois la zone située entre Souk el-Hout, Gharsa el-Kabîra et Souk el-Fouqui peut être considérée comme ce centre fonctionnel tellement l’activité commerciale et artisanale y est concentrée. Il s’agit d’ailleurs du centre historique de la ville à partir duquel l’extension de la ville s’est faite de manière excentrique pour atteindre les limites des fortifications actuelles et même au-delà.

Tout au long de ces axes s’étalent les boutiques des artisans et commerçants et l’on pourra remarquer que la répartition géographique de ces activités est souvent associée à une spécialisation, fonction également de leur caractère plus ou moins noble et de la valeur des produits.
Sabat Les ruelles secondaires relient les artères principales aux habitations qui occupent bien souvent les impasses. On distingue les « zenqa » (venelle), les « sabat » (rue couverte), les « talâa » (rue montante), les « outa » (rue plane). On peut y trouver certains équipements nécessaires au fonctionnement de la vie quotidienne tels le four public, le hammam, les fontaines, la mosquée et l’école coranique. Cet espace destiné aux résidents n’est normalement franchi par l’étranger que s’il dispose d’un lien de parenté ou de clientèle. Le passage des rues commerçantes aux ruelles d’habitation est cependant flou et s’opère graduellement.
La notion de quartier était très importante dans l’organisation de la médina et désignée par le terme « hayy » qui signifie avant tout un « clan ». Dans un passé proche, il s’agissait même d’entités spatiales individuelles parfois fermées par des portes.
Au sein de ces quartiers, tout le monde se connait et le contrôle social qui en découle est total. Plaque indicative de quartier Actuellement la limite des quartiers est matérialisée par des plaques en céramique de couleur verte sur lesquelles est inscrit leur nom arabe.

Derb Habibi Les impasses ou « derb » constituent finalement l’espace résidentiel absolu, secret et mystérieux. C’est l’âme de la ville, espace dissimulé aux étrangers. Les occupants de l’impasse composent un groupe solidaire et peuvent entretenir des relations débordant les stricts rapports de proximité. Ces relations privilégiées entraînent une confiance totale à tel point que les maisons peuvent rester ouvertes à tous les occupants du « derb » qui s’annonceront avant de pénétrer par le mot « qarib » (proche). Le « derb » est également très important de par sa fonction de socialisation et d’intégration de l’individu à la cité.

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La Médina de Tétouan – un peu d’histoire

avril 26, 2009 By: Dar Rehla Category: Histoire

La Médina de Tétouan Si vous souhaitez vous imprégner de l’ambiance particulière de la Médina de Tétouan, il vous faudra plus que les deux ou trois heures généralement consacrées à cette visite par les tour-opérateurs… La médina s’étend sur une superficie de 50 hectares et est entourée d’une muraille longue de 5 kilomètres et d’un aspect hétérogène car construite sur plusieurs époques. Ce mur d’enceinte dont l’édification ne s’est achevée qu’au début du XIX ème siècle était destiné à protéger les habitants de la cité des agressions tribales et rifaines qui se perpétraient encore au début du XX ème siècle.
Le mur d'enceinte à proximité de Bab Okla Un des bastions de la muraille de Tétouan

Inscrite depuis 1997 au patrimoine mondial de l’UNESCO, la Médina de Tétouan est considérée par de nombreux spécialistes comme l’une des plus belles et des mieux conservées du Maroc et comprend une collection prodigieuse de monuments, d’édifices, de rues et de jardins racontant l’histoire tumultueuse de cette localité, faite de guerres et de paix, de djihhad et d’essor commercial, d’autonomie et de dépendance, de rivalités internes et de sérénité.

L’indifférence que lui manifestait encore jusqu’à peu les guides touristiques contraste avec son passé chargé d’histoire qui a marqué de son empreinte l’organisation spatiale et l’architecture du cadre bâti. .

Jusqu’au XV ème siècle, les informations concernant Tétouan sont rares et la chronologie reste indécise. La région a toutefois été romanisée et les vestiges de Tamuda à quelques huit kilomètres en attestent. On trouve trace de Tétouan dans certains écrits du IX ème siècle mais on ne peut pas encore parler de Médina, tout au plus Tétouan serait alors un bourg fortifié.

On estime au début du XIV ème siècle la fondation de la Médina en tant que telle mais elle subira un siècle plus tard (+/-1437) le saccage et sa destruction par les forces espagnoles de Henri III de Castille suite au nombre grandissant d’actes de pirateries menés au détriment des bateaux espagnols.

Un siècle plus tard (fin XV ème siècle), elle sera reconstruite par le grenadin Sidi Al-Madri et un groupe de réfugiés andalous chassés de Grenade et fuyant la reconquête espagnole.  Les barrières naturelles que constituaient les deux montagnes qui l’entourent au Sud et au Nord ainsi que l’ouverture sur la mer offraient à Tétouan une position stratégique indéniable. La cité fut recréée à l’image de celle qu’ils avaient quittée et cette origine valut à Tétouan d’être également désignée comme « fille de Grenade ».  Initialement forteresse destinée à protéger les émigrés andalous ou « mudéjars » bâtisseurs de la ville, la ville s’agrandira rapidement.

La casbah de Tétouan Quelques vestiges subsistent de cette époque, à savoir les murs extérieurs et trois bastions de la casbah ainsi que la mosquée Erzini caractérisée par un minaret aux allures modestes. C’est également à cette époque que remonterait le tracé des rues des quartiers originaux al-Blad et al-Mtamar. Dans ce dernier furent aménagés des silos souterrains qui servirent également de prisons où furent entassés quelques 20 000 prisonniers chrétiens qui contribuèrent à l’édification de la ville.

En 1609, le décret d’expulsion ordonné par Philippe III, provoque une arrivée massive de quelques 10 000 réfugiés « morisques » à Tétouan dont la superficie augmentera pour atteindre la taille de la ville fortifiée d’aujourd’hui. Débordant largement des fortifications initiales de la casbah, la ville dont la superficie quadruple sera entourée d’une nouvelle enceinte qui sera achevée à la fin du XVIII ème siècle.
L’illustration ci-dessous donne les limites de ce mur d’enceinte.
Le Plan de la Medina de Tétouan
La création des quartiers Tranquat, Ayun remonterait à cette époque.
La sobriété et l’absence de surfaces décorées caractérisent les monuments de cette période morisque. Les minarets sont reconnaissables à une décoration limitée à de simples bandes de briques et à des arches aveugles. Dans les bâtiments, les arcades sont souvent semi-circulaires et non pas en fer à cheval comme dans l’architecture traditionnelle héritée des Almoravides. Un témoin encore visible de l’architecture de cette époque est la médersa (terme arabe désignant une école) de Loukach construite en 1758.
Aux XVII ème et XVIII ème siècle, Tétouan connait un véritable essor économique, social et culturel lié au développement d’un commerce régional et international intense dû à sa situation unique. Seul port marocain n’étant pas sous l’occupation portugaise, Tétouan constitue alors la place de transit principale de nombreuses marchandises telles que la laine, la cire, le cuivre, les peaux, le blé, la gomme arabique, les armes et munitions ainsi que les esclaves à destination ou en provenance de Fès. Cette prospérité commerciale attira les consuls de plusieurs états occidentaux et la ville devint alors la capitale diplomatique du Maroc.

Le XIX ème siècle est une période sombre pour Tétouan : La peste en 1800 et 1818, la famine en 1825 et la guerre de 1859 à 1862 avec l’Espagne débouchant sur une occupation de deux années affaiblissent la cité.
Parallèlement, le développement du littoral atlantique débouche sur l’abandon de l’axe Tétouan-Fès au profit des axes reliant Tanger et Casablanca à Fès. Le port de Tanger plus ouvert et plus pratique peut accueillir les grands navires de l’ère moderne et connait une croissance importante. Les diplomates européens quittent alors Tétouan pour s’y établir et la ville perd alors son statut de capitale diplomatique au profit de Tanger. Cette dernière devient le pôle économique de la région et attire de nombreux commerçants juifs et musulmans tétouanais. Sous la concurrence des produits manufacturés, l’artisanat de Tétouan finit par s’écrouler.
C’est également de cette époque que date le déplacement de l’ancien mellah (quartier juif), jusqu’alors situé au Nord-Est de la médina, vers sa localisation actuelle au Sud. Cette décision qui impliqua un déplacement de milliers de personnes fut prise dans le cadre de la construction dans le quartier al-Blad de la Grande Mosquée et cette intervention volontaire d’urbanisme est un fait assez exceptionnel dans le développement des médina qui s’édifiaient sans plan préétabli. Il en résulta un nouveau mellah dont le plan est rectiligne et relativement insolite pour une médina dont le processus de construction était souvent le résultat d’une initiative individuelle ou familiale.

Tétouan connaitra encore quelques périodes fastes mais de courtes durées durant lesquelles des richesses considérables furent accumulées par certaines familles juives et musulmanes. Ces notables profitèrent de l’espace laissé par le déplacement du mellah pour y bâtir des demeures et des palais luxueux encore visibles aujourd’hui. Ce sont en particulier les palais des familles Erzini, Gharsia et Brisha caractérisés par des dimensions plus importantes que celles des maisons des époques précédentes ainsi que par une décoration abondante à base de zelliges de Tétouan.

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