L’organisation spatiale des médina – un entrelacs organisé
Lorsque vous pénétrez dans la médina par l’une de ses sept portes (six exactement, la septième ayant été obstruée quelques siècles auparavant), vous serez probablement surpris et désorienté par la topographie de la cité. Rien à voir avec nos villes modernes au tracé rectiligne, vous pénétrez ici dans un méandre de ruelles tortueuses, sombres, parfois couvertes pouvant aboutir à des impasses exigües et cette organisation particulière est l’empreinte du peuple qui a érigé Tétouan. Le quartier du Mellah totalement reconstruit entre 1807 et 1809 par ordre du Sultan Moulay Sliman ainsi que le quartier Tranquat répondent, malgré des plans étrangement rectilignes à cette même organisation.
Le tracé des villes musulmanes ne s’est jamais réalisé selon un schéma directeur préétabli par un quelconque planificateur ou une institution particulière. En atteste d’ailleurs l’absence dans le droit musulman, d’un droit d’urbanisme et d’une législation associée . Pourtant toutes les villes musulmanes semblent organisées selon le même plan à tel point qu’on a pu écrire qu’un citadin musulman ne pourrait s’égarer dans aucune médina. Et c’est au travers de la notion de la famille dont la maison peut être considérée comme la matérialisation objective, particulièrement importante, reconnue et protégée par ce même droit que l’on doit envisager le tracé de la ville originale.
L’espace a été édifié par des bâtisseurs plus enclins à aménager des espaces réservés à leur famille qu’à s’occuper de l’organisation fonctionnelle de la cité. Afin de préserver le secret et l’intime de leurs demeures, il vont utiliser divers moyens : ils réduisent au maximum les ouvertures vers l’extérieur, créent des chicanes, obstruent même l’espace public et multiplient les culs-de-sac. Il en résulte cette configuration spatiale particulière qui caractérise la médina : une multitude d’alvéoles plus ou moins jointes par des ruelles étroites et sinueuses.
Toutefois, comme une ville sans passage aurait été un non lieu et les échanges avec l’extérieur indispensables au développement, des voies de communication plus importantes se sont développées simultanément et on peut finalement distinguer trois types de voies au sein de la médina : les artères principales, les voies secondaires et les impasses.
Les artères principales traversent la ville d’Est en Ouest et du Nord au Sud, reliant le centre économique et spirituel de la cité à ses remparts; elles jouent un rôle essentiel, celui de canaliser l’itinéraire de l’étranger et des ruraux dans la médina, leur permettant de commercer, d’aller prier à la mosquée tout en restant écartés des quartiers résidentiels. Tétouan ne dispose pas d’un bazar ou « kissaria » que l’on pourrait clairement définir comme centre urbain et tel qu’il se présente dans les autres médina marocaines.
Toutefois la zone située entre Souk el-Hout, Gharsa el-Kabîra et Souk el-Fouqui peut être considérée comme ce centre fonctionnel tellement l’activité commerciale et artisanale y est concentrée. Il s’agit d’ailleurs du centre historique de la ville à partir duquel l’extension de la ville s’est faite de manière excentrique pour atteindre les limites des fortifications actuelles et même au-delà.
Tout au long de ces axes s’étalent les boutiques des artisans et commerçants et l’on pourra remarquer que la répartition géographique de ces activités est souvent associée à une spécialisation, fonction également de leur caractère plus ou moins noble et de la valeur des produits.
Les ruelles secondaires relient les artères principales aux habitations qui occupent bien souvent les impasses. On distingue les « zenqa » (venelle), les « sabat » (rue couverte), les « talâa » (rue montante), les « outa » (rue plane). On peut y trouver certains équipements nécessaires au fonctionnement de la vie quotidienne tels le four public, le hammam, les fontaines, la mosquée et l’école coranique. Cet espace destiné aux résidents n’est normalement franchi par l’étranger que s’il dispose d’un lien de parenté ou de clientèle. Le passage des rues commerçantes aux ruelles d’habitation est cependant flou et s’opère graduellement.
La notion de quartier était très importante dans l’organisation de la médina et désignée par le terme « hayy » qui signifie avant tout un « clan ». Dans un passé proche, il s’agissait même d’entités spatiales individuelles parfois fermées par des portes.
Au sein de ces quartiers, tout le monde se connait et le contrôle social qui en découle est total.
Actuellement la limite des quartiers est matérialisée par des plaques en céramique de couleur verte sur lesquelles est inscrit leur nom arabe.
Les impasses ou « derb » constituent finalement l’espace résidentiel absolu, secret et mystérieux. C’est l’âme de la ville, espace dissimulé aux étrangers. Les occupants de l’impasse composent un groupe solidaire et peuvent entretenir des relations débordant les stricts rapports de proximité. Ces relations privilégiées entraînent une confiance totale à tel point que les maisons peuvent rester ouvertes à tous les occupants du « derb » qui s’annonceront avant de pénétrer par le mot « qarib » (proche). Le « derb » est également très important de par sa fonction de socialisation et d’intégration de l’individu à la cité.


Dar Rehla – Casa de hôspedes
Dar Rehla – Guesthouse
Dar Rehla – Maison d'hôtes