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Martil, une zone humide stratégique pour les oiseaux du Maroc

octobre 07, 2010 By: Dar Rehla Category: Environnement

Au delà d’être une zone touristique de grande importance dont les travaux d’aménagement récents ont métamorphosé cette cité balnéaire, Martil peut se prévaloir de posséder un écosystème humide particulièrement propice et indispensable à de nombreuses espèces d’oiseaux du Maroc et d’ailleurs.
La lagune de Martil

La zone en question se trouve au Sud, à proximité immédiate de la ville, dans les anciens méandres de l’oued Martil dont le cours  a été souvent modifié à cet endroit.

En 1545, la garnison portugaise de Ceuta tente d’attaquer Tétouan et réussit à incendier des navires pirates qui mouillaient dans le port de Beni Madan installé dans un méandre de l’oued Martil. Et 20 ans plus tard la flotte espagnole tente de couper la route aux pirates en coulant des navires chargés de pierres à l’embouchure du fleuve (expédition d’Alvaro de Bazán)

Au XIXe s. encore, l’embouchure de l’oued Martil était encore mentionnée comme navigable par des embarcations de mer à faible tirant d’eau, en période de hautes eaux, sur une distance d’au moins 1 mille vers l’intérieur, jusqu’à l’emplacement d’un poste de douane aujourd’hui disparu (instructions nautiques britanniques de 1881).
Lorsque les autorités du Protectorat espagnol envisagent la bonification de la plaine dans les années 1920, celle-ci présente plusieurs zones humides. L’effort de bonification, poursuivi après l’indépendance, s’accompagne de la réalisation d’un réseau de drainage ainsi que du recoupement des méandres de l’oued Martil. En effet, l’évolution de l’embouchure peut être retracée en 4 étapes (Boughaba,1992) : en décembre 1970, l’oued dessine à son embouchure un méandre déjà en partie recoupé ; en juin 1979, la digue est construite et le chenal recalibré, isolant définitivement la partie aval du méandre ; 10 ans plus tard (avril 1988 et
mars 1989) des atterrissements apparaissent en rive gauche. Au total, ces travaux récents isolent ainsi un secteur humide en cours d’eutrophisation.

L’accès à la zone se fait via un chemin en très mauvais état que l’on peut emprunter sur la droite lorsque l’on arrive à Martil en venant de Tétouan.  La zone se caractérise par des bâtiments abandonnés, des exploitations agricoles et de  nombreux sites de décharge sauvages.  La zone couvre environ 450 hectares et regroupe de écosystèmes variés : marais salants, dunes, étangs d’eau douce, plaine cultivée,… chacun d’eux caractérisés par une végétation particulière.

Carte de Martil

Les travaux de canalisation et de drainage effectués il y a quelques années pour prévenir Martil des inondations ont modifié la configuration des lieux d’une manière significative.  Toutefois, ils restent particulièrement importants pour les oiseaux limicoles migrateurs – on est à proximité du détroit de Gibraltar – et la sauvagine (oiseaux aquatiques) en hivernage.
Flamant roses et cormorans à Martil

On dénombre plus de 200 espèces qui peuvent y être observées tout au long de l’année parmi lesquelles on remarquera par leur nombre important le fuligule nyroca (Aythya nyroca), la tadorne de Belon (Tadorna tadorna), la nette rousse (Netta rufina) et par leur vulnérabilité et leur caractère unique, le butor étoilé (Botaurus stellaris) , des oies, la talève sultane (Porphyrio porphyrio), le duc d’Amérique, la sarcelle d’été (Anas querquedula) , la cigogne noire (Ciconia nigra) , différentes espèces de spatules,  de grues,  la guifette mousta (Chlidonias hybrida) , ou encore le fuligule morillon (Aythya fuligula).

Malheureusement, comme pour de nombreuses zones similaires leur état de préservation est menacé par négligence et il est grand temps de réagir.

On peut mettre en place et célébrer une « journée mondiale des oiseaux migrateurs« .  Ces journées organisent de nombreuses activités éducatives, de recherche, des conférences, des réunions, des séminaires, des spectacles, etc,  et chacune d’entre elles vise à la sensibilisation et l’implication d’un nombre croissant de personnes.  Toutefois, il est facile d’oublier dans ces réunions que notre environnement et la préservation des espèces ne seront pas réalisés en un jour. Par contre, en une seule journée, vous pouvez détruire le travail de plusieurs années…

« Et à Martil, il n’y a pas un jour où nous ne pouvons constater cette dégradation : décharges sauvages, pillages des nids, déplacements intempestifs de chasseurs, attaques de chiens sauvages,… » comme le souligne Rachid El Kamlichi, ce passionné d’ornithologie qui parcourt la zone depuis de nombreuses années maintenant et qui a déjà fait quelques publications sur le sujet. C’est également un cinéaste averti qui a réalisé quelques films sur la problématique des zones humides de la région. Il a même eu le privilège de passer dans l’émission Thalassa !

C’est au travers de l’ADEMN (Association pour le Développement et l »Environnemment des Montagnes du Nord) que Rachid oeuvre à la collecte d’informations et à la mise en place d’activités d’éducation environnementale telle que celle réalisée récemment avec le groupe PROTESA de Tétouan.   Son ambition est, dorénavant, de voir la zone de Martil protégée légalement et soumise à un contrôle efficace car il est conscient des risques que représente la pression urbaine sur ces zones sensibles comme c’est déjà le cas autour de la lagune de Restinga Smir.

Dès lors, ADEMN propose la conservation de l’écosystème de la zone par la création d’un parc naturel ou d’un site d’intérêt biologique et écologique (SIBE) dont la mise en place ne pourrait être que bénéfique aux communes urbaines de Martil et Azla.  On pourrait en effet y développer un écotourisme respectueux de l’environnement par l’aménagement de circuits pédestres et l’organisation de visites à thème ornithologique, entre-autres.

On peut rappeler que le 30 Juillet 2009, à l’occasion de la fête du trône, Sa Majesté le Roi Mohamed VI a prononcé un discours à la nation dans lequel il a exhorté le gouvernement marocain à préparer une charte nationale de l’environnement.  Dans ce discours, il annonçait : «

Le Maroc qui, à l’instar de tous les pays en développement, affronte des défis majeurs et pressants en matière de développement, a pleinement conscience de la nécessité de préserver l’environnement et de répondre aux impératifs écologiques. Face à ces exigences et conformément à ces engagements, Nous réaffirmons qu’il est nécessaire de poursuivre la politique de mise à niveau graduelle et globale, tant au niveau économique qu’au plan de la sensibilisation, et ce, avec le concours des partenaires régionaux et internationaux.

A ce propos, Nous appelons le gouvernement à élaborer un projet de Charte nationale globale de l’environnement, permettant la sauvegarde des espaces, des réserves et des ressources naturelles, dans le cadre du processus de développement durable.

La Charte devrait également prévoir la préservation des sites naturels, vestiges et autres monuments historiques qui font la richesse d’un environnement considéré comme un patrimoine commun de la nation, dont la protection est une responsabilité collective qui incombe aux générations présentes et à venir.

En tout état de cause, il appartient aux pouvoirs publics de prévoir le volet protection de l’environnement, dans les cahiers de charges concernant les projets de développement.

Cet article est largement inspiré d’un article rédigé en espagnol par Rachid assisté de Antonio Aguilira Nieves et que vous pouvez retrouver sur leur blog Pico a Viento

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3 Comments to “Martil, une zone humide stratégique pour les oiseaux du Maroc”


  1. Un grand désastre écologique a eu lieu dans cette zone humide ces derniers jours du mois d’octobre 2010. Plus de 3000 oiseaux sont morts à l’embouchure de Oued Martil. Qui peut nous informer sur les causes de cette mortalité.

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  2. Bonjour, Oui de fait, je suis au courant de cette information dont mon ami Rachid nous a fait part très rapidement. D’après ses estimations des milliers d’oiseaux sont morts… mais la cause reste toujours inconnue. Il semblerait que des analyses ont été demandées à des laboratoires de Tanger par les autorités locales et dans un premier temps la seule réponse obtenue est qu’il ne s’agissait pas de grippe aviaire. Une équipe d’ornithologues espagnols accompagnés de vétérinaires, des biologistes et d’autres experts a voulu se rendre sur le site afin d’y faire des observations et y prendre des échantillons. L’accès au site leur a été interdit par les autorités locales. Des échantillons et des oiseaux morts avaient cependant été recueillis auparavant et devraient être étudiés afin d’en savoir plus sur les causes de ce désastre. Une hypothèse serait que les morts seraient dues à des pulvérisations de produits insecticides contre les larves de moustiques. Un mauvais dosage pourrait alors être le responsable. Quoiqu’il en soit, il est quand même déplorable que les autorités ne donnent aucune information sur le problème et qu’elles aient refusé l’accès au site…

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  3. Voici un lien vers un article consacré à cette catastrophe.

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  1. Vie et tourisme à Tétouan | Va-t-on assister à la destruction de la lagune de Smir ? 01 10 11

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