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Histoire de la bibliothèque de l’Institut Cervantes de Tétouan

octobre 31, 2010 By: Dar Rehla Category: Non classé

Récemment, je me suis rendu à l’Institut Cervantes de Tétouan afin de connaître les modalités d’inscription à la bibliothèque qui dispose certainement d’un fonds important d’ouvrages pour la connaissance de l’histoire de la ville qui, rappelons-le, fût la capitale de cette zone du Maroc soumise au Protectorat espagnol de 1913 à 1956.

De retour de cette visite, titillé par les informations données par la bibliothécaire actuelle, j’ai voulu en savoir plus sur l’histoire de cette bibliothèque et du bâtiment qui l’héberge.  C’est ainsi que je suis tombé sur un article de Alberto Torremocha Jiménez qui fût l’un des bibliothécaires de cette institution.  Cet article s’intitule
« La bibliothèque de l’Institut Cervantes de Tétouan- De Ménendez Pelayo à Vicente Aleixandre. »

Le texte qui va suivre est largement inspiré et traduit de cet article rédigé initialement en espagnol.

Après une brève introduction sur l’histoire de la ville, l’auteur en arrive à l’histoire même de la bibliothèque actuelle car si durant le Protectorat Tétouan abritait une bibliothèque, en 1956 avec le transfert des pouvoirs, le nouvel état maroquin se trouve en charge de cette Bibliothèque Générale du Protectorat de Tétouan, créée en 1943 et à la tête depuis 1945 d’un réseau de six autres bibliothèques publiques installées dans le nord du Maroc.  Vu la richesse des fonds qu’elle contenait, il n’était probablement pas dans les plans des autorités espagnoles de transférer cette bibliothèque au nouvel état mais ce fut néanmoins le cas en juillet 1957.  Initialement une crainte fut que les fonds ne soient transférés à Rabat mais heureusement ceux-ci restèrent à Tétouan où ils se trouvent encore dans la Bibliothèque générale de la ville, située boulevard Mohamed V.   Avec l’indépendance, la bibliothèque perd sa condition dominante au sein du réseau des bibliothèques publiques du nord mais garde une certaine importance à Tétouan car presque toute la population parle espagnol, la communauté espagnole reste importante et de nombreux étudiants marocains continuent à étudier et à se préparer dans les centres espagnols de la ville.

En mars 1959, le ministère des Affaires étrangères espagnol, à travers sa Direction Générale des Relations Culturelles, interroge le Consulat d’Espagne à Tétouan sur l’opportunité d’une bibliothèque et d’un centre culturel espagnol dans la ville. C’est le point de départ du projet qui durera de 1959 à 1964.

C’est Dora Bacaicoa Arnaiz, la dernière fonctionnaire espagnole du « Cuerpo Facultativo de Archivos, Bibliotecas y Museos » ayant travaillé à la bibliothèque de Tétouan qui se voit chargée de la tâche.  Ayant résidé et travaillé à Tétouan, Dora Bacaicoa était certainement la personne la plus habilitée à mener cette mission.  En août 1959 elle présente un projet ambitieux devant la « Direction Générale des Archives et Bibliothèques » Le projet proposé s’articule autour d’une bibliothèque centrale équipée d’installations annexes pour la réalisation d’une vie culturelle active comprenant des conférences, des cours, des expositions.  En plus de la bibliothèque centrale, le projet prévoyait un nombre indéterminé de bibliothèques succursales disséminées dans le nord du Maroc mais aussi un bibliobus qui aurait « amené nos influences jusqu’au dernier berbère ».

L’intérêt que portèrent les autorités espagnoles au projet s’explique par la lutte d’influence culturelle qu’il y avait dans cette région du Maroc.  Quelques années auparavant, avait ainsi été fondée la bibliothèque française…

Cette première étude fut complétée par deux autres, plus techniques à la demande du Consulat d’Espagne à Tétouan à qui incomberait ultérieurement la réalisation du projet. Il en résultera l’abandon du réseau afin de se concentrer sur une bibliothèque centrale à laquelle serait joint un centre culturel.

La bibliothèque verra le jour en 1962 sous la direction de Dora Bacaicoa et sera installée dans un espace du Consulat d’Espagne, dans l’attente de trouver un bâtiment propre à installer la Bibliothèque.  Initialement, il fut envisagé de la mettre au sein du « Grupo Escolar », l’actuel Collège Espagnol Jacinto Benavente mais aussi au sein de la Bibliothèque Générale et Archives de Tétouan en tant que section spéciale de celle-ci. Finalement le choix fut porté sur sa situation actuelle, au sein de l’ancien bâtiment des Postes de Tétouan, comme en témoigne encore une inscription présente sur l’une des façades.
untitled-1 dsc_8763 C’était un des premiers bâtiments construits dans l’Ensanche et qui se trouvait à l’époque abandonné. Le bâtiment, d’architecture nouvelle avait été réalisé par l’architecte Carlos Ovilio à qui l’on doit d’autres réalisations de la ville.  Autre avantage, il appartenait à l’Etat espagnol, se situait dans un site stratégique proche du théâtre espagnol et de la Place d’Espagne (le Feddan actuel), la plus grande et la plus animée de la ville, en plein centre commercial et culturel.  Après une vérification de l’état de l’édifice, purent commencer ses travaux de transformation et d’aménagement.

La bibliothèque fut inaugurée le 6 février 1964, en présence du Gouverneur de la Province de Tétouan, du Consul d’Espagne à Tétouan et de l’Archevêque de Tanger. D’après les avis recueillis, la bibliothèque se démarquait par la qualité de ses installations et de son mobilier, bien supérieure à celle de la majorité des bibliothèques espagnoles de l’époque.  Elle avait un patio intérieur qui lui donnait une très bonne luminosité, idéale pour la lecture et tous les témoignages convergent en ce sens.

Au moment de son ouverture, la bibliothèque contenait 6.000 livres catalogués.  Au-delà d’une organisation thématique typique à celle des bibliothèque publiques organisées par le CDU (classification décimale universelle), elle possédait en plus trois autres sections :

-          celle des « revues et périodiques » : Un grand nombre de revues dont toutes celles revues du CSIC intégraient cette section mais la majorité des consultations concernaient toutefois les publications sportives et d’actualité.
-          Celle des « publications pour enfants » : Il s’agissait d’une section très fréquentée étant donné qu’à côté de la bibliothèque se trouvait une école et que l’accès aux enfants était réservé de 17 à 18 heures.
-          Celle des publications « islamiques » :  Au début, cette section était petite et ne comptait que quelques 200 volumes. Beaucoup de ces livres étaient anciens, d’auteurs parfois anonymes, datant de l’époque du Protectorat et très difficiles à se procurer.  Dora Bacaicoa connaissait très bien ce fond et publia d’ailleurs une « Bibliografia marroqui » entre 1953 et 1958.

Cette section est à l’origine de l’actuelle section  « Marueccos, Norte de Africa y Al Andalus »

Dès le début, on récolta des données qui permettent d’avoir certaines statistiques.  Ainsi, on apprend que la majorité des usagers étaient marocains (82%) suivis par les espagnols (15%) et les autres nationalités ne représentaient donc que 3%.  On sait aussi que 80% des usagers étaient des étudiants.

La salle de lecture de la bibliothèque avait alors une capacité de soixante personnes et la fréquentation journalière oscillait entre 80 et 100 personnes.

Il n’y avait alors pas de prêt à domicile et les usagers devaient prendre des notes sur place.  La moyenne annuelle des lectures était de 16.000 pour les livres et 36.000 pour les revues.  Compte tenu du nombre encore restreint des collections, des horaires limités et de l’absence de prêt à domicile, ces chiffres peuvent être considérés comme très bons.  Durant cette période, l’activité culturelle donna lieu à 19 expositions, principalement de peintures et d’ailleurs il exista un projet de créer une pinacothèque au premier étage de l’immeuble. Dès sa création, des cours d’espagnol furent dispensés, dans un premier temps dans une des salles de bibliothèque et à partir de 1965 au premier étage de l’immeuble, au fur et à mesure de sa restauration.  Vers 1967, la bibliothèque prendra l’appellation de Menendez Pelayo.

Fin 1970, Dora Bocaicoa est nommée à la direction de la bibliothèque espagnole de Tanger et pour la bibliothèque de Tétouan démarre une nouvelle période faite de changement : la bibliothèque deviendra un centre culturel doté d’une bibliothèque.  Ce n’est qu’en 1983 que la Bibliothèque prendra la dénomination de Centre Culturel d’Espagne.  Cette période se traduit dans les collections par l’intégration des revues « Marruecos y Africa » de 1942 à 1962 et des archives personnelles de Alfonso de Sierra Ochoa, architecte municipal de Tétouan et Chaouen jusqu’en 1959. Ces archives contiennent de nombreux documents réalisés par ses soins et qui apportent des informations précieuses pour l’étude de l’Ensanche de Tétouan mais aussi des médinas de Chaouen et Tétouan.

En février 1993, les Instituts Cervantes deviennent les héritiers des centres culturels espagnols. Le centre fs’intègre alors à un réseau dont l’objectif principal est la diffusion de la langue et des cultures espagnole et hispano-américaine dans le monde.  Pour la bibliothèque le changement se fera en terme de la gestion des acquisitions qui devient indépendante tout en bénéficiant du support technique du Département central situé à Alcala.

Un saut important se traduit aussi par l’informatisation de la collection au moyen du programme Absys de la firme Baratz. Initialement en version monoposte, puis en réseau local, ce programme tourne, dans sa version AbsysNet, depuis novembre 2007 sur un serveur propre et une base de données unique en temps réel pour les 55 bibliothèques qui composent le réseau mondial.

En 2002, le bâtiment sera entièrement rénové.  Tout le centre sera transféré au Collège Espagnol Jacinto Benavente pendant deux ans.  La bibliothèque voit ses locaux diminués mais ses installations, son mobilier et ses équipements gagnent en qualité.  Le transfert des collections entraînera une importante purge et une réorganisation de celles-ci car de nombreux ouvrages sont devenus obsolètes.

Le 3 décembre 2007, la nouvelle bibliothèque est inaugurée et prend le nom de Vicente Aleixandre en souvenir de la visite du poète et prix Nobel dans la ville en avril 1953.  Cette inauguration se fit en présence de la directrice de l’Institut Cervantes, Carmen Caffarel, qui inaugure pour l’occasion une nouvelle section de la bibliothèque dédiée à l’œuvre de ce poète. Parmi les œuvres présentes, on notera en particulier, le manuscrit original du poème « En la muerte de Miguel Hernadez » publié dans la collection « Cuadernos de las horas situadas » et dont il n’existe que 40 exemplaires.  Dans cette section on trouvera aussi des critiques littéraires, des thèses de doctorat réalisées sur l’œuvre du poète mais aussi des traductions en arabe, des lettres, des documents sonores, etc…

Plus de détails pratiques sur les sections, collections, heures d’ouverture et modalités suivront…

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