Quotidien et tourisme à Tétouan au Nord du Maroc

Que faire à Tétouan et dans ses environs…
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Archive for the ‘Histoire’

Tétouan en 1935

avril 14, 2011 By: Dar Rehla Category: Coutumes, Culture, Histoire

Il n’y a pas à dire mais les réseaux sociaux et les plateformes d’échange permettent de découvrir des choses intéressantes.  Ce matin, j’ai trouvé sur le mur d’un ami, Abderrahim, un montage vidéo sur Tétouan datant de  1935.

Le film provient certainement des archives d’un voyageur de l’époque.  Arrivée en bateau sur Tanger et ensuite parcours de la médina de Tétouan.

Pour moi qui connais maintenant relativement bien la médina, j’y reconnais un tas de lieux qui tout compte fait n’ont pas vraiment changé depuis.  Le changement le plus significatif, à mon sens, est celui que présente l’évolution des tenues vestimentaires portées.  Les jeans et tenues modernes occidentales (surtout pour les hommes) remplacent de plus en plus les tenues traditionnelles que l’on voit dans ce documentaire, même si la djellabah reste quand même fort utilisée, surtout en hiver (les maisons ne sont pas chauffées)…

Les femmes aux longs voiles de couleur blanche ont quasiment disparu.   Leur tenue est dorénavant remplacée par la djellabah droite et le foulard (hijab).  Depuis quelque temps, on voit également apparaître les tenues plus austères que sont le voile intégral ou burqua, de couleur grise ou noire, significatives de la montée d’un certain islam plus radical…

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Journée Internationale des Monuments et des sites de l’Unesco à Tétouan : « walou »

avril 13, 2011 By: Dar Rehla Category: Architecture, Culture, Histoire

Depuis 1987, le 18 avril est reconnu comme la Journée Internationale des Monuments et  Sites de L’UNESCO. Par la mise en place de cette journée, l’UNESCO offre une occasion de sensibiliser le public à la diversité du patrimoine dans le monde et aux efforts que requièrent sa protection et sa conservation ainsi que de permettre d’attirer l’attention sur sa vulnérabilité.

Au Maroc ce sont huit sites historiques qui sont inscrits sur cette liste :

  1. La médina de Fès (1981)
  2. La médina de Marrakech (1983)
  3. Le Ksar d’Aït-Ben-Haddou (1987)
  4. La ville historique de Meknès (1996)
  5. Le site archéologique de Volubilis (1997)
  6. La médina de Tétouan (1997)
  7. La médina d’Essaouira (2001)
  8. La ville portugaise de Mazagan (El Jadida) (2004).

La place Jama El-Fna de Marrakech (2001) et le moussen de Tan-Tan (2005) sont également reconnus par l’UNESCO mais dans la catégorie Patrimoine oral et immatériel.

Ainsi depuis 1997, la médina de Tétouan fait partie de cette liste prestigieuse. A voir la situation dégradée qui prévaut dans l’ensemble des quartiers qui la constituent, on peut s’étonner du peu de cas que les autorités compétentes font de celle-ci pour la valoriser…  Au contraire, et d’après ce que l’on peut constater sur des photos d’archive, un certain laxisme a certainement permis des modifications du cadre bâti incompatibles avec son statut de « site historique ».  Non pas qu’il faille fixer les choses dans le temps, la ville doit bien évoluer mais des normes architecturales sur les façades, les portes, les fenêtres, matériaux, etc… devraient être imposées pour les travaux d’aménagement ou de rénovation.  La réglementation semble pourtant exister comme le montre cette photo.

rem : cette image a été présentée récemment suite à un travail réalisé par des étudiants dans le cadre d’un atelier EURMED portant sur l’aménagement de la médina.  J’en reparlerai dans un autre article car des analyses intéressantes ont été faites et des idées originales proposées même si certaines d’entre-elles auraient peu de chances de se réaliser dans le contexte culturel qui prévaut à Tétouan.

Mais alors, si la réglementation existe, comment peut-on expliquer les violations nombreuses et persistantes de ces règles ?

Tétouan dispose d’un atout touristique évident en sa médina mais il est indispensable que des aménagements y soient apportés et surtout que son entretien soit suivi !

En 2002, le journal L’économiste titrait  « TÉTOUAN: LA RÉHABILITATION DE LA MÉDINA SUR LE TAPIS. » et on pouvait lire

La médina de Tétouan a souffert depuis longtemps d’une anarchie au niveau des interventions, ce qui a partiellement dénaturé le caractère historique de cette ville. D’autant que la forte pression démographique, ajoutée au manque d’entretien, a entraîné une dégradation visible de cette médina.

Le constat était déjà là mais 10 ans plus tard, où en est-on ?  Allez je ne vais pas être chien… il y a quand même eu des réalisations, jugez-en :

-  des travaux d’assainissement (égouttage) ont été entrepris (+/- 2008) du côté de Bab Saida mais à ce jour le revêtement se limite toujours à une dalle de béton mal finie d’où les bouches d’égout dépassent et constituent des entraves à la circulation…
- du côté de Souk-El-Fokki, la situation est identique et par temps de pluie il vaut mieux avoir des bottes car les écoulements et évacuations ne se font pas : Souk-el-Fokki devient alors une grande mare…
- dans certaines rues du quartier des artisans, on a ravalé les façades et refait les « marquises ».  Normalement, ces aménagements auraient dû se poursuivre tout le long de la rue Niyarin et de l’Ayun mais ils se sont arrêtés il y a quelque temps déjà…
- depuis peu, on a de nouvelles plaques signalétiques pour le nom des rues
Plaque signalétique
- et encore plus récemment, des plaques signalétiques sur les bâtiments intéressants et historiques ont fait leur apparition.
Plaque signalétique
Par ailleurs et c’est à mon sens le chantier le plus significatif ou du moins le plus abouti, plusieurs maisons historiques et prestigieuses telles celles de l’Adarve Chorffa Uazzani ont fait l’objet,dans les années 90, d’une restauration complète dans le cadre d’un programme de coopération avec la Junta d’Andalucia.  Cependant ces bâtiments ne sont pas ouverts au public et restent inaccessibles ?   A ma connaissance certains d’entre eux sont encore occupés et habités… et l’un a même été revendu depuis !  L’argent de la coopération servirait-il donc aux propriétaires à réaliser des plus-values immobilières ?  J’aimerais que l’on m’explique d’autant que ces maisons sont souvent la propriété de riches familles bourgeoises reconnues qui ne sont pas démunies de moyens financiers, croyez-moi…

On peut citer également la rénovation de la médersa Loukach qui devrait abriter un musée… Depuis que l’on est arrivés à Tétouan, on nous en parle mais à ce jour on reste dans l’attente impatiente car l’architecture du site est exceptionnelle, comme en témoigne cette photo tirée d’un livre que vous pourriez consulter à Dar Rehla, notre petit riad maison d’hôtes si vous nous faites le plaisir de nous choisir pour votre hébergement.
La médersa Loukach

Des sites intéressants au sein de la médina, il en existe bien d’autres :  mosquées,  zaouias, hammams, foundouks, fours collectifs, etc… Certains sont dans un état de ruine avancé et menacent d’effondrement.  En ce qui concerne la situation des mosquées et zaouias, suite à l’effondrement en février 2010 du minaret de la mosquée  Berdieyinne de  Meknès qui avait provoqué 41 morts, un état des lieux avait été demandé par le souverain aux services concernés et un vaste programme de restauration s’en est suivi.  A Tétouan, plusieurs mosquées ont déjà été restaurées et actuellement c’est la grande mosquée (1808) qui fait l’objet de travaux : pourtant elle ne semblait pas vraiment menacée.
dsc_3349 La grande mosquée
Le patrimoine de Tétouan est inestimable et se révèle même dans des maisons plus modestes comme celle que j’ai eu le plaisir de visiter et que je vous dévoile dans cet album.  Un véritable bijou, plein de détails architecturaux mais qui menace comme bien d’autres maisons dont certaines ont déjà même été pillées de leurs zelliges et boiseries et même vandalisées…

Alors si l’organisation d’une Journée Internationale des Monuments et  Sites vise la sensibilisation du public à la diversité de son patrimoine et aux efforts que requièrent sa protection et sa conservation mais aussi à mettre le point sur sa vulnérabilité, on peut regretter qu’aucune initiative n’ait été prise par une association telle que Tétouan-Asmir à qui l’on doit les efforts de classement de la ville sur la liste de l’UNESCO mais aussi par l’antenne tétouanaise de l’Ecole Nationale d’Architecture qui devrait être le garant de la sauvegarde de ce patrimoine.

Alors, à quand l’organisation d’un programme tel que celui proposé par l’association Casamémoire de Casablanca qui profite de la médiatisation de la journée pour faire Les Journées du Patrimoine (Casa ne fait pas partie de la liste UNESCO) au cours des quelles elle lancera un guide architectural de la ville et organisera des visites dans une vingtaine de bâtiments dont vous pouvez  télécharger le programme complet.
Les Journées du Patrimoine de Casablanca

En attendant une prochaine édition et la concrétisation d’un programme pour Tétouan, je vous invite à découvrir dans le slideshow ci-dessous quelques intérieurs de maisons tétouanaises.

 

 

 

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La galerie Bertuchi a vécu…

avril 07, 2011 By: Dar Rehla Category: Art et artisanat, Culture, Histoire

Au sous-sol du bâtiment qui abrite l’Office du Tourisme de Tétouan dans l’avenue Mohamed V, se trouve une galerie.  Cette galerie portait jusqu’à peu le nom de Bertuchi en l’honneur de ce peintre d’origine espagnole qui vécut à Tétouan jusqu’à sa mort en 1955.  Il est considéré comme le peintre du Maroc par excellence et à Tétouan il a atteint sa maturité artistique.

Mais l’oeuvre de Bertuchi ne s’arrête pas à sa peinture et durant son passage à Tétouan, il marque la ville de son empreinte laquelle persiste au travers de plusieurs institutions.

La première d’entre elles est certainement l’actuelle Ecole des Arts et Métiers « Dar San’aa » créée en 1919 et dont il prendra la direction en 1930.  Sous sa direction l’école acquiert une renommée internationale pour la qualité de son enseignement et des chefs d’oeuvre réalisés.  A l’époque, l’école s’appelle « Escuela de Artes indigenas » comme en témoigne encore le fronton de l’une des anciennes portes
Une porte de Dar Sanaa
mais aussi la plaque située à l’arrière de l’école, côté jardin, même si cette dernière a fait les frais du vandalisme.
dsc_0959

En 1945, Bertuchi crée l’Ecole préparatoire des Beaux-Arts de Tétouan qui donnera naissance plus tard à l’actuel Institut National des Beaux-Arts. C’est dans cette école qu’ont été déjà formées plusieurs générations d’artistes dont certains de réputation internationale et que l’on appelle « Les peintres de Tétouan ».

Par ailleurs, grand connaisseur d’art et fasciné par la culture arabo-andalouse, Bertuchi s’efforca de préserver ce patrimoine et les fonds actuels du Musée Ethnographique sont le témoignage de cet amour pour Tétouan.

La débaptisation des lieux au profit de l’artiste Meki Meqara qui fut son élève n’est pas, à mon humble avis,  un témoignage de la reconnaissance que la ville devrait avoir à l’égard de ce grand mécène sans lequel beaucoup d’artistes ne seraient probablement pas devenus ce qu’ils sont….

Je n’en veux pas à Meqara, qu’il repose en paix mais quand vous verrez cette plaque ayez quand même une pensée pour son maître dont il a pris la place.
La plaque signalétique de la galerie

Pour vous faire une idée du talent de Bertuchi, je ne peux que vous inviter quand sous serez de passage à Tétouan, à visiter la grande salle de l’Office du Tourisme dans laquelle trône sur l’un des murs une  grande toile du peintre.  En attendant, je vous en propose déjà une photo.

Peinture de Bertucchi

Rem : il faut peut-être faire vite car, qui sait, elle sera peut-être remplacée plus vite que l’on ne le pense par une oeuvre de l’un de ses élèves ou même d’un autre artiste issu d’une autre école… :=)

Dans cette même salle vous pourrez alors également admirer quelques peintures murales dont une superbe carte du Nord du Maroc.  La photo de cette fresque date d’un an et on peut noter des traces de dégradation de la fresque.  Bonne nouvelle, elle a été récemment restaurée mais j’en reparlerai dans un autre article.

dsc_5406

N’est-elle pas belle la culture ?

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Dormir à Tétouan à l’hôtel Dersa… Pub

janvier 14, 2011 By: Dar Rehla Category: Histoire

Il y a peu j’ai eu l’occasion de visiter dans l’Ensanche l’immeuble qui abritait jusque dans les années 80, si mes informations sont bonnes, l’hôtel Dersa. Cette visite, je vous la faisais partager au travers de cet article « Du nouveau du côté de l’hôtel Dersa« .

J’ai poursuivi mon enquête à la recherche de documents et d’infos sur le passé de cet hôtel.  J’ai interrogé diverses personnes et rien…. Très peu d’informations que je ne connaissais et pas moyen de dénicher de photos représentant cet hôtel du temps de sa magnificence.  Appel à témoins est donc fait !

J’ai toutefois eu la surprise de recevoir du gardien de voitures qui travaille tout près de l’immeuble Dersa un document assez original, à savoir le feuillet publicitaire présentant l’hôtel.  Le document est d’un format allongé, imprimé en noir et blanc, recto verso, sur un papier fort de couleur sable.

Pub Hôtel Dersa - Verso Pub Hôtel Dersa - Recto

Les descriptions sont variées et incitent à venir dormir à Tétouan !

On apprend que le directeur de l’époque s’appelait André Fisher. Ce serait donc un document plus récent que l’inauguration de l’hôtel car sur base de cet article on peut supposer que le premier directeur était marocain et s’appelait Ahmed Hantout.

En los años 50, por fin será nombrado Director-recepcionista en el DERSA HOTEL recientemente construido, por el propio dueño Bulaix Baeza, alguien que lo conocía muy bien y sabia de su capacidad y de sus conocimientos de cuando los dos vivían en la misma ciudad de Tánger y sobre todo se lo recomendó vivamente, el propio gerente holandés del famoso gran hotel de los años 20 “Villa de France”-Tánger, Van Der Meer que fue amigo de Ahmed.

Il faudra d’ailleurs que je parle un jour de ce monsieur qui fut un pionnier du tourisme de Tétouan.  En attendant et si vous comprenez l’espagnol, la lecture de la totalité de l’article sus-mentionné vous en dira plus.

Ce document a le mérite également d’offrir une vue du night club qui se trouvait au sous-sol de l’établissement.
Le night club de l'hôtel Dersa

Et quand on voit les prix de la carte, cela laisse rêveur…

Whisky : 2 dirhams
Gin : 2,5 dirhams
Vodka : 3 dirhams
Brandy (France) : 5 dirhams (quand même !)
Brandy (Espagne) : 2,5 dirhams

Service et taxe inclus !

Par contre pas de bière à la carte…

Le slogan était également intéressant

« If you are satisfied recommend us to your friends.  If you are not, send us all your enemies »  Je suis sûr que si l’hôtel existait toujours, il serait présent sur le web et travaillerait sa réputation on-line…Peut-être aurait-il même un blog…

Quand je dis que je n’ai rien trouvé sur le web, c’est faux car parmi les commentaires que la publication suscita sur notre page facebook, il y avait un lien vers le site de Pandore, un critique gastronomique du Maroc que vous suggère.

Sur ce site, vous pourrez trouver de nombreuses informations intéressantes pour découvrir quelques bonnes adresses du Maroc, de Tétouan et sa région.

En octobre 2008, on pouvait déjà lire :

Crochet par Tétouan et M’diq .

CHOUMA !!!  l’hôtel DERSA avec sa façade à classer de toute urgence terminera t’il comme l’ Hôtel LINCOLN à Casablanca ou l’ Hôtel de la KOUTOUBIA à Marrakech ? ( voir mes précédents papiers sur le sujet ! ) … Cet hôtel qui vit des hôtes illustres , telle Elisabeth Taylor Burton et bien d’autres , va-t-il tomber en ruine sans que les héritiers n’en finissent de s’étriper pour de sombres histoires ! A quand un classement autoritaire de cet élégant immeuble dont la façade en pierre de taille rappelle un Tétouan des années 50 qui n’est plus que l’ombre de lui-même ? Une ville qui n’accepte pas ses racines anciennes est une ville qui meurt !

Plus récemment, en juin 2010 :

HISTOIRES D’HÔTELS FERMÉS !

La Belle au Bois … endormie ! Il y avait l’hôtel Dersa qui accueillait toutes les personnalités de haut rang, suivi de l’hôtel Nacional. En 1956, le Dersa hébergeait l’acteur américain Victor Mature, premier rôle dans le film Sarak Khan, en tournage alors à Tétouan, tandis qu’à l’hôtel Nacional, était logé l’acteur anglais Michel Wilding, avec sa jeune femme Elisabeth Taylor ! Eh bien, ces deux hôtels continuent lentement leurs descentes aux enfers … À quand un sursaut, pourquoi pas un classement de l’hôtel Dersa ?

Au fait, je me permets de vous suggérer Dar Rehla, notre maison d’hôtes aménagée dans un petit riad de la médina si vous comptez séjourner à Tétouan.  Mais sachez qu’ il n’y a point de restaurant au sens propre du terme chez nous, juste une table d’hôte proposant un menu unique fonction de l’humeur et du marché.  Nous privilégions de la sorte la tranquillité de nos hôtes et souhaitons les encourager à visiter d’autres établissements afin de s’imprégner au mieux de la culture locale dont la gastronomie est un des reflets.

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Tétouan – Cité marocaine aux racines andalouses de Philip Abensur

septembre 09, 2010 By: Dar Rehla Category: Culture, Histoire

Il y a quelque temps déjà, j’avais fait référence à la librairie Al Anwar de Tétouan, une librairie où j’avais eu la surprise de trouver un éventail important de livres en français, fait suffisamment rare à Tétouan que pour le mentionner.  Je n’ai eu l’occasion de repasser par là qu’une fois ce qui avait abouti à l’acquisition d’un autre livre intitulé Brel au Maroc.

Depuis et à ma grande satisfaction, j’ai appris que mon premier article avait contribué à une rencontre intéressante : celle de M. Abdelaziz Sbai le propriétaire de la librairie avec M. Philip Abensur, auteur d’un livre sur Tétouan.  Je n’ai eu connaissance de cette visite qu’à posteriori au travers du commentaire que M. Abensur a laissé sur le blog et je n’ai donc pas eu le plaisir de le rencontrer lors de son passage.  Je le regrette car j’aurais certainement appris pas mal de choses sur la ville, son histoire et ses traditions.  En effet la famille de M. Abensur a vécu près de quatre siècles dans les murs de la cité ! Ses ancêtres faisaient ainsi probablement partie de ces réfugiés venant d’Andalousie, dans la période comprise entre 1492, date de la chute de Grenade et 1609, date du décret d’expulsion des morisques de Philippe II.   Et à Tétouan, c’est l’arrivée massive des réfugiés dus à ce décret qui est à l’origine de l’expansion de la ville vers l’Ouest et la création du quartier de l’Ayun dans lequel se trouve Dar Rehla, notre maison.

Ce livre (ISBN 978-2-8138-0114-2) que je me suis procuré aujourd’hui s’appelle « Tétouan, cité marocaine aux racines andalouses » et fait partie d’une collection « Mémoire en Images » aux Editions Alan Suiton.

Nous sommes, comme le nom de la collection l’indique, face à un ouvrage où le visuel prédomine et comme il existe déjà sur internet bon nombre de photographies sur Tétouan, j’avais peur d’y retrouver nombre d’entre elles.  Heureusement pour moi et pour l’auteur aussi – car j’ai ainsi acheté un des exemplaires de la librairie -, ce n’est pas le cas : les photos sont originales et appuyées, en plus, par un texte qui se lit très facilement et plein d’informations.

Toutes les photos sont en noir et blanc et datent principalement de la période du Protectorat espagnol (1913-1956).  Au travers de tous ces témoignages, on y découvre une ville nettement moins « grouillante », avec des espaces dégagés, des rues entretenues…  Pour nous qui sommes maintenant familiers des lieux, il est amusant de comparer certains endroits… et leur évolution (?) et l’on se pose des questions, enfin une surtout. Est-ce que la population intra-muros de la médina de Tétouan a augmenté à tel point que circuler en soin sein est parfois très problématique ?

L’auteur donne quelques chiffres à ce sujet. On apprend ainsi que la population était de 20.000 personnes au début du siècle et qu’elle est passée à 100.000 âmes en 1956 pour dépasser actuellement les 300.000 habitants.  La ville a donc subi une explosion démographique importante, mais l’absorption de cette population ne s’est quand même pas faite qu’au sein de l’ancienne médina, dont l’extension est limitée par les remparts Si c’était le cas,  cela pourrait  justifier cette foule que nous y connaissons maintenant,  mais il y a d’une part l’extension au travers de l’Ensanche sous le Protectorat espagnol (1913-1956) et  depuis, de nouveaux quartiers modernes périphériques ont encore vu le jour, comme du côté de Bab el-Okla.  Certaines photos sont à ce point probantes.   Toutes ces nouvelles constructions au dehors de la vieille médina doivent alors avoir quand même accueilli une part importante de ces « nouveaux » tétouanais.

Alors comment expliquer ce contraste de densité de population que l’on peut constater entre les photos présentées dans le livre et celles que l’on peut prendre actuellement ? L’heure de prise de vue ?  C’est vrai que si l’on sort dans la ville avant 10 heures (du matin) le nombre de passants est plus que réduit…

Plaisanterie à part, existe-t-il des chiffres sur la population de l’ancienne médina ?

Quant à la structure du livre, elle est également très bien organisée et chacun des chapitres aurait pu constituer un article pour ce blog…   Il y a de fortes chances que je m’en inspire…

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« Mieux connaître Tétouan » Une visite de Tétouan organisée par un groupe Facebook

mai 31, 2010 By: Dar Rehla Category: A voir, Architecture, Culture, Histoire

Sur Facebook, il existe un certain nombre de groupes et de pages dédiées à Tétouan.  Ce dernier week end, l’une d’entre elles organisait une visite guidée de la vieille médina sous le thème « Mieux connaitre sa ville ».  Encadrée par plusieurs docteurs, chercheurs et professeurs spécialisés dans le domaine de l’histoire et de la gestion du patrimoine culturel, cette première initiative  était un rendez-vous auquel je me « devais » de participer. La médina est très vaste et j’espérais découvrir lors de cette promenade des lieux et des espaces encore inconnus de Tétouan mais surtout récolter des informations sur l’histoire et l’origine de certains de ses bâtiments et maisons.
Le rendez-vous était fixé à 9h30 devant l’école des Arts et Métiers « Dar Sanaa » située près de Bab El-Okla. Bab El-Okla
Le groupe se constitue assez rapidement et la visite débutera par le Musée Ethnographique. Créé en 1928, il occupe une forteresse historique ou « borj » construite sur ordre du Sultan alaouite Moulay Abderrahmane vers 1830. Il fait l’objet de travaux de rénovation. Le borj abritant le musée ethnographique de Tétouan
L’entrée du musée se fait  par la médina.
L'entrée du musée ethnographique de Tétouan La plaque signalétique du musée ethnographique de Tétouan
A travers ses expositions, le Musée présente l’artisanat tétouanais des siècles passés mais expose aussi les aspects culturels et ethnographiques de la ville et de sa région selon deux thématiques essentielles : vie publique et vie privée. Je vous propose quelques photos prises de quelques pièces exposées.
Poterie rifaine Mosaïque maurisques
Le palanquin de la mariée tétouanaise Porte en bois peint
Coffre peint tétouanais
Ce n’est qu’une part minime des collections présentées et si il est un musée à Tétouan qu’il faut visiter c’est certainement celui-ci.  Mais pour cela, il vous faudra venir en semaine car comme tous les autres musées de la ville, il est fermé les samedi et dimanche !!!

Dans la cour située à l’arrière du bâtiment, M. Bouabid Bouzaid historien de la ville donnera un certain nombre d’explications au groupe.   M. Bouzaid donnant des explications
Certaines porteront sur la fontaine qui s’y trouve. Fontaine du musée ethnographique de Tétouan
Malheureusement toutes ces informations qui seront apportées au cours de la promenade le seront en arabe et aucune traduction ni en espagnol ni en français ne fut-ce que minime ne sera faite pour les quelques participants étrangers du groupe.

Le musée dispose normalement d’un espace cafétéria dont la terrasse extérieure fait encore l’objet de travaux. Rénovation du pavement de la cafétéria du musée ethnographique de Tétouan
Une fois cette restauration terminée, l’endroit sera certainement agréable. La cour du musée d'ethnographie de Tétouan

La visite se poursuivra dans les dédales de la médina,
Devant le Musée d'ethnographie de Tétouan Ruelle de la médina de Tétouan
Arches de la médina de Tétouan Dans les rues de la vieille médina de Tétouan
Ruelle de la médina de Tétouan Ruelle de la médina de Tétouan
Arches de la médina de Tétouan Ruelle de la médina de Tétouan
Grâce à une dame du groupe je retirerai quand même quelques renseignements. J’apprendrai ainsi que, à l’origine, les portes étaient plus petites et plus basses afin d’obliger le visiteur à se baisser en signe de respect pour ses hôtes. Porte d'une vieille maison tétouanaise

Les portes étaient également « doubles » composées d’une porte d’usage courant qui s’inscrit dans une porte plus grande laquelle n’était utilisée qu’à deux occasions : les mariages et les funérailles. La décoration des frontons et certains éléments de ferrure ornant les portes permettraient de connaître l’origine de la famille habitant la maison. Fronton d'une vieille porte tétouanaise
Ensuite nous nous sommes dirigés vers la grande Mosquée où nous avons fait une petite halte, le temps de d’admirer quelques compositions de zelliges qui ornent l’entrée principale.
La cour de la grande mosquée de Tétouan Zelliges de la grande mosquée de Tétouan Zelliges de la grande mosquée de Tétouan
L’un des moments particulièrement intéressants de la promenade fut la visite d’une grande maison tétouanaise de ce quartier essentiellement résidentiel construit à l’emplacement de l’ancien mellah. Rares sont ces occasions. Patio d'une maison tétouanaise Fontaine murale d'une maison tétouanaise
Galerie d'une maison tétouanaise Décor tétouanais

Plus loin, on s’est arrêtés au dessus de l’entrée des mazmorras dont on voit ici le seul témoin extérieur. L'entrée des mazmorras de Tétouan
Cette grande cavité souterraine dont je reparlerai ultérieurement servit jusqu’au XVIII ème siècle comme prison. Y furent enfermés principalement des chrétiens faits prisonniers lors des nombreuses expéditions de pirates auxquels Tétouan servait de base. Ces actes de piraterie forcèrent d’ailleurs l’Espagne en 1565 à bloquer l’embouchure de l’oued Martil en y coulant des bateaux chargés de pierre. L’activité de piraterie reprendra cependant moins de 10 ans plus tard pour ne cesser définitivement qu’au début du XVIIIème siècle.

L’étape suivante eut lieu dans l’atelier de notre ami Abdelghani où nous avons fait réaliser quelques couvertures (voir notre article : à la poursuite du tapis vert dans le blog traitant de la rénovation de Dar Rehla, notre maison d’hôtes). Abdelghani, un monsieur toujours souriant !
Abdelghani dans son atelier

Nous remonterons ensuite du côté de Gherza El-Kebira et de la médersa Loukach devant laquelle nous nous arrêterons quelque temps.   La Médersa Loukach
La médersa dont la rénovation touche à son terme abritera bientôt un musée et sera accessible au public. Nous traverserons ensuite la médina en passant par Zankat M’kadem, Souk El-Fokki Souk El-Fokki
Trancat. Trancat
Un peu plus loin, nous croisons « 7alliii! » 7alliii
avant d’arriver au musée d’archéologie où s’achèvera la visite. L’occasion de prendre encore quelques clichés dans la cour du musée Dans les jardins du musée archéologique de Tétouan Amphores romaines - musée archéologique de Tétouan Mosaïque romaine - musée archéologique de Tétouan
Stèle juive du musée archéologique de Tétouan Stèle juive du musée archéologique de Tétouan Détail d'une mosaïque romaine - musée archéologique de Tétouan
A l’intérieur je m’arrêterai plus particulièrement devant une vitrine proposant d’anciens « azulejos » portugais
Céramique portugaise du musée archéologique de Tétouan Céramique portugaise du musée archéologique de Tétouan
et celle présentant la maquette du cromlech de M’zora Maquette du Cromlech de M'Zora
un site mégalithique qui se trouve sur la route de Asilah que j’aimerais aller visiter.  J’avais déjà voulu m’y rendre au mois de février mais suite aux pluies abondantes qui avaient arrosé le Maroc à cette époque, la route était impraticable.

Il est près de 13 heures, je quitte le groupe car plus tard dans l’après-midi nous sommes invités à une fête traditionnelle locale : la « Shedda ».

Ce fut donc une promenade agréable qui m’a permis de découvrir encore quelques coins méconnus de la médina. Mon seul regret est que beaucoup d’informations qui ont été données me sont restées inaccessibles et j’espère que les organisateurs proposeront prochainement d’autres visites similaires mais en prenant soin de penser à une traduction en français et/ou en espagnol. Choukran.

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L’ancienne église de Martil et José Maria Lerchundi

avril 18, 2010 By: Dar Rehla Category: A voir, Architecture, Histoire

La publication sur Facebook d’une ancienne photo de l’église de Martil L'église de Martil par nos amis Claire et Christian m’a donné envie d’en connaître un peu plus sur l’histoire de ce beau bâtiment.  C’est dans le petit guide « TangerPocket », que vous trouverez gratuitement dans de nombreux établissements touristiques de la région et qui dispose aussi d’une version web, que j’ai démarré mon investigation.  Par la suite, j’ai dû constater qu’il existe très peu d’informations sur l’église elle-même.
Peut-être que des futurs lecteurs pourront apporter des précisions et d’autres photos.  Je les en remercie d’avance.
Le fronton de l'ancienne église de Martil
Bâtie à la fin des années 40 sous le Protectorat espagnol, l’église de Martil, vu sa taille donne une idée de l’importance de la présence espagnole et du culte catholique à cette époque dans la région.
L'église de Martil
L’édifice restera dédié au culte catholique jusque dans les années 70 pour être ensuite abandonné.   En 1996, le bâtiment est restauré par la Junta de Andalucia et sera reconverti en un espace culturel.
L'ancienne église de Martil de nos jours Le parvis de l'ancienne église de Martil
Vue latérale de l'église de Martil Fresques sur la façade latérale de l'ancienne église de Martil

On lui donnera le nom d’un père franciscain qui oeuvra au XIX ème siècle dans le Nord du Maroc « José Maria Lerchundi ».
A ce jour cependant, le centre semble plus connu sous le patronyme de centre culturel « Al Andalous »…

Le père Lerchundi Né en 1836, le père José Maria Lerchundi rejoint l’ordre franciscain en 1856 et sera ordonné en 1859.  En 1862, il rejoint la Mission catholique du Maroc dont il deviendra le Préfet apostolique de 1877 jusqu’à sa mort en 1896.  Il est enterré dans la crypte de la cathédrale de Tanger.

Il résidera de 1862 à 1877 à Tétouan et entretiendra des liens forts avec différents acteurs de la vie tétouanaise lui permettant d’acquérir une connaissance approfondie de la langue arabe.  A cette époque Tétouan est la capitale diplomatique du Maroc et il sera l’interprète officiel entre les rois d’Espagne et le sultan Hassan I du Maroc.

Cette connaissance de la langue parlée aboutira à la rédaction de plusieurs livres qui font encore référence et qu’il serait intéressant de me procurer :

  • « Rudimentos del arabe vulgar que se habla en el imperio de Marruecos » (1872) ;
  • « Crestomatía Árabe » (1881) ;
  • « Vocabulario español-arábico del dialecto de Marruecos » (1893).

Parmi ses nombreuses autres réalisations on peut citer :

  • la création à Tanger de la première imprimerie hispano-arabe du Maroc ;
  • la création et la rénovation de nombreuses écoles paroissiales et un centre de formation professionnelle ;
  • la création d’un complexe d’habitations pour sans-abris ;
  • l’ouverture à Tétouan d’une école pour l’espagnol et l’arabe.

Par ailleurs, il a contribué  à plusieurs initiatives visant à moderniser Tanger dans des domaines très variés : l’électricité, les horloges publiques,  les chambres de commerce, les compagnies maritimes, les postes de traite, etc.

Si l’histoire de ce père vous intéresse, vous pourrez trouvez plus d’infos en suivant ce lien sur ce site dédié à l’ordre des franciscains

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Le Cap Spartel.

avril 15, 2010 By: Dar Rehla Category: A voir, Histoire

Tout près de Tanger, à une quinzaine de kilomètres sur la côté atlantique se situe le Cap Spartel.  Promontoire rocheux de 315 m d’altitude marquant l’entrée Sud du Détroit de Gibraltar le rocher est dominé par un phare dont la construction fut ordonnée au sultan Mohammed Ben ‘Abd-Er-Rahmanen en 1861 par les représentants du corps consulaire présent alors à Tanger. Le Phare du cap Spartel

A cette époque, les côtes marocaines sont fort inhospitalières et de nombreux navires sont soit capturés  soit naufragés et l’endroit est alors considéré comme un « cimetière de navires ».   Cette situation constitue un obstacle majeur au développement des rapports commerciaux avec l’étranger et à la fin de l’année 1852, les représentants des puissances européennes considèrent qu’il est urgent de joindre leurs efforts pour construire un phare pour sécuriser la côte.   En novembre 1860, le naufrage de la corvette brésilienne Dona Isabella et ses 104 victimes sera certainement un facteur déterminant dans la concrétisation du projet.

Les travaux de construction débuteront en 1861 sous la direction d’un ingénieur français, M.-L. Jacquet et se prolongeront jusqu’en 1864.  Le phare de 110 m de hauteur entrera en activité le 15 octobre de cette anné-là. Le Phare du cap Spartel

Mais l’importance stratégique du phare éveille craintes et rivalités : il devient indispensable que la neutralité du phare dont la construction a été financée par le gouvernement marocain de l’époque soit garantie par un traité de neutralité : cette convention internationale, la première sur une question marocaine,  sera signée le 31 mai 1865 par dix puissances, dont les États-Unis.  Au constat que le Maroc n’avait ni marine de guerre ni marine de commerce, cette convention dépossédait le Maroc de tout regard sur le fonctionnement du phare.  Le Makhzem (pouvoir central) en conservait néanmoins l’intégrité territoriale et la propriété…

A ce jour, le phare est toujours en activité, mais contrairement à ce que l’on peut lire dans certains guides, il ne semble pas pouvoir être visité.

Quoique il en soit, la vue que l’on a de cet endroit sur l’océan vaut à elle seule le déplacement La côte atlantique près du cap Spartel

et vous pourrez en profiter dans l’un ou l’autre des établissements qui sont situés à proximité. Etablissement près du Cap Spartel

En quittant le Cap ne manquez pas la vue sur là côte et l’arrière pays.  La plage de sable que vous pouvez voir au loin s’étend sur 40 km environ jusqu’à Asilah. La côte atlantique au Sud du cap Spartel

Tout au long de la côte, l’océan déroule ses ondes et l’endroit serait un des lieux privilégiés des surfeurs et bodyborders locaux.  On en reparlera… Rouleaux au cap Spartel

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La place Hassan II ou place du Feddan

février 19, 2010 By: Dar Rehla Category: Architecture, Histoire

Avant de visiter la vieille médina en empruntant l’un des trois circuits proposés dans un article précédent, un arrêt sur la place Hassan II,  encore largement connue sous son appellation initiale de « El Feddan »  nous semble indispensable.

La place Hassan II ou El Feddan de Tétouan

La place Hassan II ou El Feddan de Tétouan

Le feddan, c’est en arabe une mesure de superficie et par abstraction, ce terme pourrait désigner une zone d’exploitation agricole : ce qui expliquerait cette dénomination appropriée car au début c’est  l’usage qui est fait de cet espace situé à la limite extérieure de la médina.  C’est alors la famille andalouse Loukach qui l’exploite.  Cette famille dirigea la ville au XVIII ème siècle et a laissé à la ville quelques monuments importants dont une médersa dont la restauration est toujours en cours.

Plus tard et jusqu’au début du XXème siècle,  la place aura fonction d’aire de battage pour le blé, de souk, de marché au bétail et même d’abattoir ;  trois fois par semaine Tétouan y accueillait un marché qui attirait les paysans des campagnes proches et où se pratiquaient encore le troc.

Le Feddan au début du XX ème siècle

Le Feddan au début du XX ème siècle

Mais déjà à partir de la première occupation espagnole de 1860 elle deviendra place d’Espagne :  le vainqueur débaptise alors de nombreux lieux tels que les portes et les noms choisis sont emblématiques et provocateurs.   Plus tard, sous le Protectorat, la zone sera bâtie et abritera alors la résidence du haut Commissaire  et le palais du calife Moulay El-Mehdi.  Entre 1927 et 1930, la place sera réaménagée en respect du plan général d’urbanisation, structurée selon le modèle des jardins hispano-mauresques : on y installe en son centre une espèce de pavillon ouvert et le revêtement existant est remplacé par un pavement similaire à celui qui se trouve dans le parc Maria Luisa de Séville.  Viennent également compléter l’ouvrage de nombreux parterres et des plantations de palmiers sur les abords qui apportent ombrage.

La place du Feddan des années 20 à 80

La place du Feddan des années 20 à 80

Avec la construction de l’Ensanche, cet espace va changer définitivement de fonction.  Ce qui était au départ une zone d’échange entre la ville et la campagne extérieure va devenir alors la pièce principale autour de laquelle vont s’articuler les relations entre la vieille ville et la nouvelle cité, et ce jusqu’à ce jour encore.

Après l’Indépendance, la place abritera jusqu’en 1988 le Consulat espagnol dans le bâtiment situé à l’extrême droite de l’actuel Palais royal.  C’est à cette époque qu’elle subira de nouvelles transformations importantes qui aboutiront à la place dans sa physionomie actuelle.  A l’époque toute circulation y est alors  interdite et elle prend désormais le nom de place Hassan II.   Ce n’est que dix ans plus tard, qu’une partie de la place retrouve sa vocation de lieu d’échange, de rencontre et de réunion au plus grand bonheur de la population tétouanaise.

La porte d'accès du Palais royal de Tétouan

La porte d'accès du Palais royal de Tétouan

Actuellement la grand porte majestueuse d’accès au Palais royal constitue la référence visuelle des visiteurs.  Sur sa gauche se trouvent les dépendances royales et à leur extrémité débouche la rue du Mechouar qui constituait une zone très importante de la vie administrative et politique car y étaient regroupées les anciennes dépendances du Makhzem.  Cette rue est interdite d’accès.

L’espace public accessible est en effet limité et dorénavant réduit aux limites extérieures de la Place. Sur sa gauche, se trouve une zone très calme avec quelques terrasses desquelles l’on surplombe légèrement la place.

Terrasses extérieures en bordure du Feddan

Terrasses extérieures en bordure du Feddan

De ce côté se retrouvent deux anciennes Zaouia, celle de Sidi Ben Aissa

La zaouia Sidi Ben Aissa

La zaouia Sidi Ben Aissa

et celle de Sidi Abdallah el Hadj

Le minaret de la zaouia Sidi Abdallah el Hadj

Le minaret de la zaouia Sidi Abdallah el Hadj

entre lesquelles la rue Caïd Ahmed permet un accès direct au quartier Trancat.  Cette rue héberge un certain nombre de pensions.  Sous l’occupation espagnole ces deux édifices religieux abritèrent respectivement le bureau des postes et télégraphe et une église catholique…

L’espace situé du côté droit de la place est nettement moins paisible, occupé par un nombre important de marchands ambulants attirés par le flux continu et incessant des passants.  Un peu de patience est indispensable pour se frayer un passage au travers de leurs étals et de la foule.

Mais au terme de ce parcours, vous accèderez à Bab Ruah, l’une des sept portes d’accès à la vieille ville.   Sur la droite, s’étale le mellah, l’ancien quartier juif.

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Le cimetière chrétien de Tétouan.

décembre 14, 2009 By: Dar Rehla Category: Histoire, Religions et Cultes

Lors d’un précédent séjour, nous avions visité le cimetière juif de Tétouan dont l’origine est contemporaine à l »édification de la ville et caractérisé par des pierres tombales très anciennes, certaines portant des inscriptions inhabituelles rappelant des caractères aztèques précolombiens et se trouvant maintenant dans l’enceinte du musée archéologique de Tétouan. Je pensais avoir rédigé un article sur le cimetière juif, lieu historique mais en recherchant parmi mes publications je constate qu’il n’en est rien et qu’il me faudra remédier à cette lacune…

Quoiqu’il en soit, parmi les traces laissées par l’occupation espagnole, se compte un cimetière chrétien duquel nous nous sommes mis à la recherche.  Par rapport à la vieille médina, il se situe à l’extrême opposé des deux autres cimetières, à savoir à l’Ouest de la ville du côté de Bab Nouader, sur les contre-forts du Djebel Dersa, légèrement en contre-bas des anciennes casernes des « regulares » qui dominent la ville. Compte tenu de la proximité du quartier de l’Ensanche, de l’église catholique et des anciens cantonnements espagnols, cette implantation est justifiée.
La carte ci-dessous reprend la position des différents cimetières de Tétouan par rapport à la situation de notre maison « Dar Rehla ».

Afficher Les cimetières de Tétouan sur une carte plus grande

Peu d’indications pour y accéder ; l’ancienne entrée est dorénavant fermée et condamnée.   L'ancienne porte du cimetière de Tétouan L’accès se fait au Nord de l’enceinte qui entoure le cimetière (gardé la nuit par un chien en liberté… ) par une cour où sont installés quelques artisans et au fond de laquelle une porte en fer forgé s’ouvre sur une grande allée bétonnée que l’on doit emprunter avant d’accéder aux cimetières proprement dits.   dsc_7738_0 Cimetières au pluriel car à gauche s’ouvre le cimetière « civil » chrétien et sur la droite l’espace est réservé aux militaires espagnols et à leur famille.

C’est en compagnie du gardien des lieux que nous ferons notre visite.  Contrairement au cimetière juif, ce cimetière est mieux entretenu ; les allées mieux délimitées et les tombes mieux conservées.   dsc_7757_0 Maintenant il faut savoir que ce cimetière est plus récent : 1860 environ et a fait déjà l’objet d’aménagements et remaniements confirmés par l’existence de plusieurs murs constitués de niches mortuaires, regroupées parfois en ilots et où ne peuvent être conservés, vu leurs dimensions réduites que les restes d’ossements. Ilot de niches

Le gardien ne peut me dire où se trouve la plus ancienne tombe du cimetière mais m’indique les plus récentes qui remontent à août 2008.

Contrairement à celles des cimetières européens, les tombes sont ici assez uniformes. Peu de signes ostentatoires de richesse… a moins que ce ne soient les céramiques qui ne fassent la différence ?
Tombe Tombe   Tombe

Seule exception, et encore très sobre, le monument de la famille Carrion. Probablement celle à qui l’on doit les célèbres et meilleurs cafés de Tétouan. Le monument funéraire Carrion

Comme on peut s’y attendre le cimetière est essentiellement occupé par des tombes d’espagnols mais d’autres nationalités y sont également présentes, mais en nombre plus restreint.  En atteste cette tombe d’une française décédée en 1960 à lâge de 32 ans.   Tombe d'une ressortissante française Ici l’âge du décès est souvent mentionné sur les stèles et est souvent relativement jeune mais des cas de longévité importante existent aussi ; on peut aussi mourir vieux à Tétouan : 93 ans ! 97 ans !

Dans la partie militaire qui bénéficie de fonds espagnols pour son entretien, il peut exister de grandes différences entre les tombes…

Celle d’un général. Tombe d'un général espagnol

Et celles de simples soldats. Tombes militaires

Le gardien nous donne également quelques explications sur certaines sépultures.  Ici ce sont les corps de deux aviateurs décédés dans un accident qui sont enterrés. Tombe de deux aviateurs espagnols

Ici c’est la tombe d’un enfant de la famille royale espagnole mort à l’âge de 6 ans. Tombe d'un membre de la famille royale espagnole

Dans une autre partie du cimetière, la plus ancienne, l’espace a été réaménagé et les restes des cimetières chrétiens des villes proches ont été ramenés ici. Plaque commémorative Comme en témoigne cette plaque, les restes et ossements des vieilles tombes de Tétouan ont été déplacés ici en 1998 et replacés soit dans des niches pour les tombes clairement identifiées soit dans des fosses communes, civils et militaires confondus. Stèle de la fosse de Tétouan

En août 1998, ce sont les ossements du cimetière de Fnideq qui ont été transférés. Stèle de la fosse de Fnideq

En mars 1999 ceux du cimetière de Chaouen. Monument de la fosse de Chaouen

Par-ci par-là, quelques tombes sont encore fleuries.   Une tombe fleurie Il semblerait que chaque année, au 1er novembre comme il se doit, nombreuses sont encore les familles qui font le déplacement pour fleurir les tombes de leur famille.

Peut-être qu’un jour ce sera sur la mienne que l’on viendra déposer un bouquet…

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