Vie et tourisme à Tétouan

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Archive for the ‘Histoire’

“Mieux connaître Tétouan” Une visite de Tétouan organisée par un groupe Facebook

mai 31, 2010 By: Dar Rehla Category: A voir, Architecture, Culture, Histoire

Sur Facebook, il existe un certain nombre de groupes et de pages dédiées à Tétouan.  Ce dernier week end, l’une d’entre elles organisait une visite guidée de la vieille médina sous le thème “Mieux connaitre sa ville”.  Encadrée par plusieurs docteurs, chercheurs et professeurs spécialisés dans le domaine de l’histoire et de la gestion du patrimoine culturel, cette première initiative  était un rendez-vous auquel je me “devais” de participer. La médina est très vaste et j’espérais découvrir lors de cette promenade des lieux et des espaces encore inconnus de Tétouan mais surtout récolter des informations sur l’histoire et l’origine de certains de ses bâtiments et maisons.
Le rendez-vous était fixé à 9h30 devant l’école des Arts et Métiers “Dar Sanaa” située près de Bab El-Okla. Bab El-Okla
Le groupe se constitue assez rapidement et la visite débutera par le Musée Ethnographique. Créé en 1928, il occupe une forteresse historique ou “borj” construite sur ordre du Sultan alaouite Moulay Abderrahmane vers 1830. Il fait l’objet de travaux de rénovation. Le borj abritant le musée ethnographique de Tétouan
L’entrée du musée se fait  par la médina.
L'entrée du musée ethnographique de Tétouan La plaque signalétique du musée ethnographique de Tétouan
A travers ses expositions, le Musée présente l’artisanat tétouanais des siècles passés mais expose aussi les aspects culturels et ethnographiques de la ville et de sa région selon deux thématiques essentielles : vie publique et vie privée. Je vous propose quelques photos prises de quelques pièces exposées.
Poterie rifaine Mosaïque maurisques
Le palanquin de la mariée tétouanaise Porte en bois peint
Coffre peint tétouanais
Ce n’est qu’une part minime des collections présentées et si il est un musée à Tétouan qu’il faut visiter c’est certainement celui-ci.  Mais pour cela, il vous faudra venir en semaine car comme tous les autres musées de la ville, il est fermé les samedi et dimanche !!!

Dans la cour située à l’arrière du bâtiment, M. Bouabid Bouzaid historien de la ville donnera un certain nombre d’explications au groupe.   M. Bouzaid donnant des explications
Certaines porteront sur la fontaine qui s’y trouve. Fontaine du musée ethnographique de Tétouan
Malheureusement toutes ces informations qui seront apportées au cours de la promenade le seront en arabe et aucune traduction ni en espagnol ni en français ne fut-ce que minime ne sera faite pour les quelques participants étrangers du groupe.

Le musée dispose normalement d’un espace cafétéria dont la terrasse extérieure fait encore l’objet de travaux. Rénovation du pavement de la cafétéria du musée ethnographique de Tétouan
Une fois cette restauration terminée, l’endroit sera certainement agréable. La cour du musée d'ethnographie de Tétouan

La visite se poursuivra dans les dédales de la médina,
Devant le Musée d'ethnographie de Tétouan Ruelle de la médina de Tétouan
Arches de la médina de Tétouan Dans les rues de la vieille médina de Tétouan
Ruelle de la médina de Tétouan Ruelle de la médina de Tétouan
Arches de la médina de Tétouan Ruelle de la médina de Tétouan
Grâce à une dame du groupe je retirerai quand même quelques renseignements. J’apprendrai ainsi que, à l’origine, les portes étaient plus petites et plus basses afin d’obliger le visiteur à se baisser en signe de respect pour ses hôtes. Porte d'une vieille maison tétouanaise

Les portes étaient également “doubles” composées d’une porte d’usage courant qui s’inscrit dans une porte plus grande laquelle n’était utilisée qu’à deux occasions : les mariages et les funérailles. La décoration des frontons et certains éléments de ferrure ornant les portes permettraient de connaître l’origine de la famille habitant la maison. Fronton d'une vieille porte tétouanaise
Ensuite nous nous sommes dirigés vers la grande Mosquée où nous avons fait une petite halte, le temps de d’admirer quelques compositions de zelliges qui ornent l’entrée principale.
La cour de la grande mosquée de Tétouan Zelliges de la grande mosquée de Tétouan Zelliges de la grande mosquée de Tétouan
L’un des moments particulièrement intéressants de la promenade fut la visite d’une grande maison tétouanaise de ce quartier essentiellement résidentiel construit à l’emplacement de l’ancien mellah. Rares sont ces occasions. Patio d'une maison tétouanaise Fontaine murale d'une maison tétouanaise
Galerie d'une maison tétouanaise Décor tétouanais

Plus loin, on s’est arrêtés au dessus de l’entrée des mazmorras dont on voit ici le seul témoin extérieur. L'entrée des mazmorras de Tétouan
Cette grande cavité souterraine dont je reparlerai ultérieurement servit jusqu’au XVIII ème siècle comme prison. Y furent enfermés principalement des chrétiens faits prisonniers lors des nombreuses expéditions de pirates auxquels Tétouan servait de base. Ces actes de piraterie forcèrent d’ailleurs l’Espagne en 1565 à bloquer l’embouchure de l’oued Martil en y coulant des bateaux chargés de pierre. L’activité de piraterie reprendra cependant moins de 10 ans plus tard pour ne cesser définitivement qu’au début du XVIIIème siècle.

L’étape suivante eut lieu dans l’atelier de notre ami Abdelghani où nous avons fait réaliser quelques couvertures (voir notre article : à la poursuite du tapis vert dans le blog traitant de la rénovation de Dar Rehla, notre maison d’hôtes). Abdelghani, un monsieur toujours souriant !
Abdelghani dans son atelier

Nous remonterons ensuite du côté de Gherza El-Kebira et de la médersa Loukach devant laquelle nous nous arrêterons quelque temps.   La Médersa Loukach
La médersa dont la rénovation touche à son terme abritera bientôt un musée et sera accessible au public. Nous traverserons ensuite la médina en passant par Zankat M’kadem, Souk El-Fokki Souk El-Fokki
Trancat. Trancat
Un peu plus loin, nous croisons “7alliii!” 7alliii
avant d’arriver au musée d’archéologie où s’achèvera la visite. L’occasion de prendre encore quelques clichés dans la cour du musée Dans les jardins du musée archéologique de Tétouan Amphores romaines - musée archéologique de Tétouan Mosaïque romaine - musée archéologique de Tétouan
Stèle juive du musée archéologique de Tétouan Stèle juive du musée archéologique de Tétouan Détail d'une mosaïque romaine - musée archéologique de Tétouan
A l’intérieur je m’arrêterai plus particulièrement devant une vitrine proposant d’anciens “azulejos” portugais
Céramique portugaise du musée archéologique de Tétouan Céramique portugaise du musée archéologique de Tétouan
et celle présentant la maquette du cromlech de M’zora Maquette du Cromlech de M'Zora
un site mégalithique qui se trouve sur la route de Asilah que j’aimerais aller visiter.  J’avais déjà voulu m’y rendre au mois de février mais suite aux pluies abondantes qui avaient arrosé le Maroc à cette époque, la route était impraticable.

Il est près de 13 heures, je quitte le groupe car plus tard dans l’après-midi nous sommes invités à une fête traditionnelle locale : la “Shedda”.

Ce fut donc une promenade agréable qui m’a permis de découvrir encore quelques coins méconnus de la médina. Mon seul regret est que beaucoup d’informations qui ont été données me sont restées inaccessibles et j’espère que les organisateurs proposeront prochainement d’autres visites similaires mais en prenant soin de penser à une traduction en français et/ou en espagnol. Choukran.

L’ancienne église de Martil et José Maria Lerchundi

avril 18, 2010 By: Dar Rehla Category: A voir, Architecture, Histoire

La publication sur Facebook d’une ancienne photo de l’église de Martil L'église de Martil par nos amis Claire et Christian m’a donné envie d’en connaître un peu plus sur l’histoire de ce beau bâtiment.  C’est dans le petit guide “TangerPocket”, que vous trouverez gratuitement dans de nombreux établissements touristiques de la région et qui dispose aussi d’une version web, que j’ai démarré mon investigation.  Par la suite, j’ai dû constater qu’il existe très peu d’informations sur l’église elle-même.
Peut-être que des futurs lecteurs pourront apporter des précisions et d’autres photos.  Je les en remercie d’avance.
Le fronton de l'ancienne église de Martil
Bâtie à la fin des années 40 sous le Protectorat espagnol, l’église de Martil, vu sa taille donne une idée de l’importance de la présence espagnole et du culte catholique à cette époque dans la région.
L'église de Martil
L’édifice restera dédié au culte catholique jusque dans les années 70 pour être ensuite abandonné.   En 1996, le bâtiment est restauré par la Junta de Andalucia et sera reconverti en un espace culturel.
L'ancienne église de Martil de nos jours Le parvis de l'ancienne église de Martil
Vue latérale de l'église de Martil Fresques sur la façade latérale de l'ancienne église de Martil

On lui donnera le nom d’un père franciscain qui oeuvra au XIX ème siècle dans le Nord du Maroc “José Maria Lerchundi”.
A ce jour cependant, le centre semble plus connu sous le patronyme de centre culturel “Al Andalous”…

Le père Lerchundi Né en 1836, le père José Maria Lerchundi rejoint l’ordre franciscain en 1856 et sera ordonné en 1859.  En 1862, il rejoint la Mission catholique du Maroc dont il deviendra le Préfet apostolique de 1877 jusqu’à sa mort en 1896.  Il est enterré dans la crypte de la cathédrale de Tanger.

Il résidera de 1862 à 1877 à Tétouan et entretiendra des liens forts avec différents acteurs de la vie tétouanaise lui permettant d’acquérir une connaissance approfondie de la langue arabe.  A cette époque Tétouan est la capitale diplomatique du Maroc et il sera l’interprète officiel entre les rois d’Espagne et le sultan Hassan I du Maroc.

Cette connaissance de la langue parlée aboutira à la rédaction de plusieurs livres qui font encore référence et qu’il serait intéressant de me procurer :

  • “Rudimentos del arabe vulgar que se habla en el imperio de Marruecos” (1872) ;
  • “Crestomatía Árabe” (1881) ;
  • “Vocabulario español-arábico del dialecto de Marruecos” (1893).

Parmi ses nombreuses autres réalisations on peut citer :

  • la création à Tanger de la première imprimerie hispano-arabe du Maroc ;
  • la création et la rénovation de nombreuses écoles paroissiales et un centre de formation professionnelle ;
  • la création d’un complexe d’habitations pour sans-abris ;
  • l’ouverture à Tétouan d’une école pour l’espagnol et l’arabe.

Par ailleurs, il a contribué  à plusieurs initiatives visant à moderniser Tanger dans des domaines très variés : l’électricité, les horloges publiques,  les chambres de commerce, les compagnies maritimes, les postes de traite, etc.

Si l’histoire de ce père vous intéresse, vous pourrez trouvez plus d’infos en suivant ce lien sur ce site dédié à l’ordre des franciscains

Le Cap Spartel.

avril 15, 2010 By: Dar Rehla Category: A voir, Histoire

Tout près de Tanger, à une quinzaine de kilomètres sur la côté atlantique se situe le Cap Spartel.  Promontoire rocheux de 315 m d’altitude marquant l’entrée Sud du Détroit de Gibraltar le rocher est dominé par un phare dont la construction fut ordonnée au sultan Mohammed Ben ‘Abd-Er-Rahmanen en 1861 par les représentants du corps consulaire présent alors à Tanger. Le Phare du cap Spartel

A cette époque, les côtes marocaines sont fort inhospitalières et de nombreux navires sont soit capturés  soit naufragés et l’endroit est alors considéré comme un “cimetière de navires”.   Cette situation constitue un obstacle majeur au développement des rapports commerciaux avec l’étranger et à la fin de l’année 1852, les représentants des puissances européennes considèrent qu’il est urgent de joindre leurs efforts pour construire un phare pour sécuriser la côte.   En novembre 1860, le naufrage de la corvette brésilienne Dona Isabella et ses 104 victimes sera certainement un facteur déterminant dans la concrétisation du projet.

Les travaux de construction débuteront en 1861 sous la direction d’un ingénieur français, M.-L. Jacquet et se prolongeront jusqu’en 1864.  Le phare de 110 m de hauteur entrera en activité le 15 octobre de cette anné-là. Le Phare du cap Spartel

Mais l’importance stratégique du phare éveille craintes et rivalités : il devient indispensable que la neutralité du phare dont la construction a été financée par le gouvernement marocain de l’époque soit garantie par un traité de neutralité : cette convention internationale, la première sur une question marocaine,  sera signée le 31 mai 1865 par dix puissances, dont les États-Unis.  Au constat que le Maroc n’avait ni marine de guerre ni marine de commerce, cette convention dépossédait le Maroc de tout regard sur le fonctionnement du phare.  Le Makhzem (pouvoir central) en conservait néanmoins l’intégrité territoriale et la propriété…

A ce jour, le phare est toujours en activité, mais contrairement à ce que l’on peut lire dans certains guides, il ne semble pas pouvoir être visité.

Quoique il en soit, la vue que l’on a de cet endroit sur l’océan vaut à elle seule le déplacement La côte atlantique près du cap Spartel

et vous pourrez en profiter dans l’un ou l’autre des établissements qui sont situés à proximité. Etablissement près du Cap Spartel

En quittant le Cap ne manquez pas la vue sur là côte et l’arrière pays.  La plage de sable que vous pouvez voir au loin s’étend sur 40 km environ jusqu’à Asilah. La côte atlantique au Sud du cap Spartel

Tout au long de la côte, l’océan déroule ses ondes et l’endroit serait un des lieux privilégiés des surfeurs et bodyborders locaux.  On en reparlera… Rouleaux au cap Spartel

La place Hassan II ou place du Feddan

février 19, 2010 By: Dar Rehla Category: Architecture, Histoire

Avant de visiter la vieille médina en empruntant l’un des trois circuits proposés dans un article précédent, un arrêt sur la place Hassan II,  encore largement connue sous son appellation initiale de “El Feddan”  nous semble indispensable.

La place Hassan II ou El Feddan de Tétouan

La place Hassan II ou El Feddan de Tétouan

Le feddan, c’est en arabe une mesure de superficie et par abstraction, ce terme pourrait désigner une zone d’exploitation agricole : ce qui expliquerait cette dénomination appropriée car au début c’est  l’usage qui est fait de cet espace situé à la limite extérieure de la médina.  C’est alors la famille andalouse Loukach qui l’exploite.  Cette famille dirigea la ville au XVIII ème siècle et a laissé à la ville quelques monuments importants dont une médersa dont la restauration est toujours en cours.

Plus tard et jusqu’au début du XXème siècle,  la place aura fonction d’aire de battage pour le blé, de souk, de marché au bétail et même d’abattoir ;  trois fois par semaine Tétouan y accueillait un marché qui attirait les paysans des campagnes proches et où se pratiquaient encore le troc.

Le Feddan au début du XX ème siècle

Le Feddan au début du XX ème siècle

Mais déjà à partir de la première occupation espagnole de 1860 elle deviendra place d’Espagne :  le vainqueur débaptise alors de nombreux lieux tels que les portes et les noms choisis sont emblématiques et provocateurs.   Plus tard, sous le Protectorat, la zone sera bâtie et abritera alors la résidence du haut Commissaire  et le palais du calife Moulay El-Mehdi.  Entre 1927 et 1930, la place sera réaménagée en respect du plan général d’urbanisation, structurée selon le modèle des jardins hispano-mauresques : on y installe en son centre une espèce de pavillon ouvert et le revêtement existant est remplacé par un pavement similaire à celui qui se trouve dans le parc Maria Luisa de Séville.  Viennent également compléter l’ouvrage de nombreux parterres et des plantations de palmiers sur les abords qui apportent ombrage.

La place du Feddan des années 20 à 80

La place du Feddan des années 20 à 80

Avec la construction de l’Ensanche, cet espace va changer définitivement de fonction.  Ce qui était au départ une zone d’échange entre la ville et la campagne extérieure va devenir alors la pièce principale autour de laquelle vont s’articuler les relations entre la vieille ville et la nouvelle cité, et ce jusqu’à ce jour encore.

Après l’Indépendance, la place abritera jusqu’en 1988 le Consulat espagnol dans le bâtiment situé à l’extrême droite de l’actuel Palais royal.  C’est à cette époque qu’elle subira de nouvelles transformations importantes qui aboutiront à la place dans sa physionomie actuelle.  A l’époque toute circulation y est alors  interdite et elle prend désormais le nom de place Hassan II.   Ce n’est que dix ans plus tard, qu’une partie de la place retrouve sa vocation de lieu d’échange, de rencontre et de réunion au plus grand bonheur de la population tétouanaise.

La porte d'accès du Palais royal de Tétouan

La porte d'accès du Palais royal de Tétouan

Actuellement la grand porte majestueuse d’accès au Palais royal constitue la référence visuelle des visiteurs.  Sur sa gauche se trouvent les dépendances royales et à leur extrémité débouche la rue du Mechouar qui constituait une zone très importante de la vie administrative et politique car y étaient regroupées les anciennes dépendances du Makhzem.  Cette rue est interdite d’accès.

L’espace public accessible est en effet limité et dorénavant réduit aux limites extérieures de la Place. Sur sa gauche, se trouve une zone très calme avec quelques terrasses desquelles l’on surplombe légèrement la place.

Terrasses extérieures en bordure du Feddan

Terrasses extérieures en bordure du Feddan

De ce côté se retrouvent deux anciennes Zaouia, celle de Sidi Ben Aissa

La zaouia Sidi Ben Aissa

La zaouia Sidi Ben Aissa

et celle de Sidi Abdallah el Hadj

Le minaret de la zaouia Sidi Abdallah el Hadj

Le minaret de la zaouia Sidi Abdallah el Hadj

entre lesquelles la rue Caïd Ahmed permet un accès direct au quartier Trancat.  Cette rue héberge un certain nombre de pensions.  Sous l’occupation espagnole ces deux édifices religieux abritèrent respectivement le bureau des postes et télégraphe et une église catholique…

L’espace situé du côté droit de la place est nettement moins paisible, occupé par un nombre important de marchands ambulants attirés par le flux continu et incessant des passants.  Un peu de patience est indispensable pour se frayer un passage au travers de leurs étals et de la foule.

Mais au terme de ce parcours, vous accèderez à Bab Ruah, l’une des sept portes d’accès à la vieille ville.   Sur la droite, s’étale le mellah, l’ancien quartier juif.

Le cimetière chrétien de Tétouan.

décembre 14, 2009 By: Dar Rehla Category: Histoire, Religions et Cultes

Lors d’un précédent séjour, nous avions visité le cimetière juif de Tétouan dont l’origine est contemporaine à l”édification de la ville et caractérisé par des pierres tombales très anciennes, certaines portant des inscriptions inhabituelles rappelant des caractères aztèques précolombiens et se trouvant maintenant dans l’enceinte du musée archéologique de Tétouan. Je pensais avoir rédigé un article sur le cimetière juif, lieu historique mais en recherchant parmi mes publications je constate qu’il n’en est rien et qu’il me faudra remédier à cette lacune…

Quoiqu’il en soit, parmi les traces laissées par l’occupation espagnole, se compte un cimetière chrétien duquel nous nous sommes mis à la recherche.  Par rapport à la vieille médina, il se situe à l’extrême opposé des deux autres cimetières, à savoir à l’Ouest de la ville du côté de Bab Nouader, sur les contre-forts du Djebel Dersa, légèrement en contre-bas des anciennes casernes des “regulares” qui dominent la ville. Compte tenu de la proximité du quartier de l’Ensanche, de l’église catholique et des anciens cantonnements espagnols, cette implantation est justifiée.
La carte ci-dessous reprend la position des différents cimetières de Tétouan par rapport à la situation de notre maison “Dar Rehla”.

Afficher Les cimetières de Tétouan sur une carte plus grande

Peu d’indications pour y accéder ; l’ancienne entrée est dorénavant fermée et condamnée.   L'ancienne porte du cimetière de Tétouan L’accès se fait au Nord de l’enceinte qui entoure le cimetière (gardé la nuit par un chien en liberté… ) par une cour où sont installés quelques artisans et au fond de laquelle une porte en fer forgé s’ouvre sur une grande allée bétonnée que l’on doit emprunter avant d’accéder aux cimetières proprement dits.   dsc_7738_0 Cimetières au pluriel car à gauche s’ouvre le cimetière “civil” chrétien et sur la droite l’espace est réservé aux militaires espagnols et à leur famille.

C’est en compagnie du gardien des lieux que nous ferons notre visite.  Contrairement au cimetière juif, ce cimetière est mieux entretenu ; les allées mieux délimitées et les tombes mieux conservées.   dsc_7757_0 Maintenant il faut savoir que ce cimetière est plus récent : 1860 environ et a fait déjà l’objet d’aménagements et remaniements confirmés par l’existence de plusieurs murs constitués de niches mortuaires, regroupées parfois en ilots et où ne peuvent être conservés, vu leurs dimensions réduites que les restes d’ossements. Ilot de niches

Le gardien ne peut me dire où se trouve la plus ancienne tombe du cimetière mais m’indique les plus récentes qui remontent à août 2008.

Contrairement à celles des cimetières européens, les tombes sont ici assez uniformes. Peu de signes ostentatoires de richesse… a moins que ce ne soient les céramiques qui ne fassent la différence ?
Tombe Tombe   Tombe

Seule exception, et encore très sobre, le monument de la famille Carrion. Probablement celle à qui l’on doit les célèbres et meilleurs cafés de Tétouan. Le monument funéraire Carrion

Comme on peut s’y attendre le cimetière est essentiellement occupé par des tombes d’espagnols mais d’autres nationalités y sont également présentes, mais en nombre plus restreint.  En atteste cette tombe d’une française décédée en 1960 à lâge de 32 ans.   Tombe d'une ressortissante française Ici l’âge du décès est souvent mentionné sur les stèles et est souvent relativement jeune mais des cas de longévité importante existent aussi ; on peut aussi mourir vieux à Tétouan : 93 ans ! 97 ans !

Dans la partie militaire qui bénéficie de fonds espagnols pour son entretien, il peut exister de grandes différences entre les tombes…

Celle d’un général. Tombe d'un général espagnol

Et celles de simples soldats. Tombes militaires

Le gardien nous donne également quelques explications sur certaines sépultures.  Ici ce sont les corps de deux aviateurs décédés dans un accident qui sont enterrés. Tombe de deux aviateurs espagnols

Ici c’est la tombe d’un enfant de la famille royale espagnole mort à l’âge de 6 ans. Tombe d'un membre de la famille royale espagnole

Dans une autre partie du cimetière, la plus ancienne, l’espace a été réaménagé et les restes des cimetières chrétiens des villes proches ont été ramenés ici. Plaque commémorative Comme en témoigne cette plaque, les restes et ossements des vieilles tombes de Tétouan ont été déplacés ici en 1998 et replacés soit dans des niches pour les tombes clairement identifiées soit dans des fosses communes, civils et militaires confondus. Stèle de la fosse de Tétouan

En août 1998, ce sont les ossements du cimetière de Fnideq qui ont été transférés. Stèle de la fosse de Fnideq

En mars 1999 ceux du cimetière de Chaouen. Monument de la fosse de Chaouen

Par-ci par-là, quelques tombes sont encore fleuries.   Une tombe fleurie Il semblerait que chaque année, au 1er novembre comme il se doit, nombreuses sont encore les familles qui font le déplacement pour fleurir les tombes de leur famille.

Peut-être qu’un jour ce sera sur la mienne que l’on viendra déposer un bouquet…

Une nouveau livre dans la bibliothèque de Dar Rehla.

décembre 05, 2009 By: Dar Rehla Category: Architecture, Histoire, Non classé

Ce matin en nous promenant dans l’Ensanche, nous avons trouvé et acheté un livre sur Tétouan qui laissait supposer être une source d’informations intéressantes sur la ville, son architecture et ses spécificités.

Son titre “La medina de Tetuan – Guia de arquitectura”   ISBN 84-8095-324-1. La medina de Tetuan - Guia de arquitectura

Toutefois, ne le cherchez pas dans les rayons, la dernière édition de 2002 serait épuisée et l’exemplaire acheté ce matin un des derniers sur le marché… dixit le vendeur…

Le livre est le fruit d’une collaboration entre le “Conseil Municipal Sidi Mandri de la ville de Tétouan” et  la “Junta de Andalucia”.

Il est écrit en espagnol et en arabe et même si ces deux langues ne sont pas des langues que je parle correctement (lol),  ma connaissance du portugais me permet de comprendre l’essentiel des écrits rédigés en espagnol.   J’ai donc déjà survolé quelques chapitres et l’ouvrage regorge vraiment d’informations très intéressantes sur Tétouan, accompagnées souvent de photographies anciennes des lieux présentés.

Mes futurs déplacements dans la ville bénéficieront de ce nouvel éclairage que je tâcherai de vous transmettre dans de futurs articles.

Ce livre sera naturellement à la disposition des futurs hôtes de notre maison d’hôtes “Dar Rehla”.

Le musée d’archéologie de Tétouan

octobre 15, 2009 By: Dar Rehla Category: Histoire

Comme nous disposions d’un peu de temps ce mercredi 14 octobre dans l’attente de Mohamed qui devait nous conduire hors de la ville pour quelques achats, nous en avons profité pour faire la visite du musée d’archéologie de Tétouan.

Situé à proximité de Bab Tout,  le musée est modeste, se composant d’une grande cour extérieure arborée dans laquelle on trouve la reconstitution d’une grande fresque en mosaïques aux motifs géométriques et couleurs superbes datant de l’époque romaine et provenant de Lixus, site archéologique proche de Larache. Mosaïque romaine de Lixus

Et même si Tétouan possède à moins de cinq kilomètres du centre, en bordure de l’Oued Martil un site archéologique, Tamuda, recelant aussi des vestiges romains, l’essentiel des pièces exposées ici proviennent des fouilles du site de Lixus mentionné déjà dans les récits de Pline comme la plus ancienne colonie phénicienne en Occident.  Hercule y serait même passé pour “dérober les pommes d’or du jardin des Hespérides” situé à proximité et gardé par un dragon !

A l’intérieur du bâtiment, quatre salles composent le musée et sont exposés dans trois d’entre elles de nombreux objets témoins des activités économiques présentes dans la région aux époques phénicienne et romaine.  Des panneaux didactiques donnent au visiteur les explications relatives à ces vestiges.

La dernière des salles présente trois autres grandes mosaïques en parfait état.  Mosaïque romaine de Lixus Mosaïque romaine de Lixus Les thèmes traités sont marqués par la mythologie mais on y retrouve aussi des figures symboliques telles que les saisons et les amours.  Les matériaux utilisés pour la réalisation des fresques étaient variés et provenaient de la nature, taillés en forme cubique.  Le marbre fournissait le blanc et les roses pâles et foncés, les tessons de céramique les couleurs ocres et jaunes, la pâte de verre les bleus et les verts alors que les noirs proviennent des schistes.

La cour extérieure présente encore un certain nombre de pierres tombales essentiellement de tombes juives, provenant du cimetière de Tétouan : elles sont recouvertes d’inscriptions étranges rappelant des signes aztèques.  Ces pierres seraient postérieures à la découverte des Amériques par Christophe Colomb.

On trouve également d’autres tombes telles que celle-ci Pierre tombale et dont je ne m’aventurerai pas à donner l’origine… Quelqu’un aurai-t-il toutefois un élément de réponse ?

La Médina de Tétouan – un peu d’histoire

avril 26, 2009 By: Dar Rehla Category: Histoire

La Médina de Tétouan Si vous souhaitez vous imprégner de l’ambiance particulière de la Médina de Tétouan, il vous faudra plus que les deux ou trois heures généralement consacrées à cette visite par les tour-opérateurs… La médina s’étend sur une superficie de 50 hectares et est entourée d’une muraille longue de 5 kilomètres et d’un aspect hétérogène car construite sur plusieurs époques. Ce mur d’enceinte dont l’édification ne s’est achevée qu’au début du XIX ème siècle était destiné à protéger les habitants de la cité des agressions tribales et rifaines qui se perpétraient encore au début du XX ème siècle.
Le mur d'enceinte à proximité de Bab Okla Un des bastions de la muraille de Tétouan

Inscrite depuis 1997 au patrimoine mondial de l’UNESCO, la Médina de Tétouan est considérée par de nombreux spécialistes comme l’une des plus belles et des mieux conservées du Maroc et comprend une collection prodigieuse de monuments, d’édifices, de rues et de jardins racontant l’histoire tumultueuse de cette localité, faite de guerres et de paix, de djihhad et d’essor commercial, d’autonomie et de dépendance, de rivalités internes et de sérénité.

L’indifférence que lui manifestait encore jusqu’à peu les guides touristiques contraste avec son passé chargé d’histoire qui a marqué de son empreinte l’organisation spatiale et l’architecture du cadre bâti. .

Jusqu’au XV ème siècle, les informations concernant Tétouan sont rares et la chronologie reste indécise. La région a toutefois été romanisée et les vestiges de Tamuda à quelques huit kilomètres en attestent. On trouve trace de Tétouan dans certains écrits du IX ème siècle mais on ne peut pas encore parler de Médina, tout au plus Tétouan serait alors un bourg fortifié.

On estime au début du XIV ème siècle la fondation de la Médina en tant que telle mais elle subira un siècle plus tard (+/-1437) le saccage et sa destruction par les forces espagnoles de Henri III de Castille suite au nombre grandissant d’actes de pirateries menés au détriment des bateaux espagnols.

Un siècle plus tard (fin XV ème siècle), elle sera reconstruite par le grenadin Sidi Al-Madri et un groupe de réfugiés andalous chassés de Grenade et fuyant la reconquête espagnole.  Les barrières naturelles que constituaient les deux montagnes qui l’entourent au Sud et au Nord ainsi que l’ouverture sur la mer offraient à Tétouan une position stratégique indéniable. La cité fut recréée à l’image de celle qu’ils avaient quittée et cette origine valut à Tétouan d’être également désignée comme “fille de Grenade”.  Initialement forteresse destinée à protéger les émigrés andalous ou “mudéjars” bâtisseurs de la ville, la ville s’agrandira rapidement.

La casbah de Tétouan Quelques vestiges subsistent de cette époque, à savoir les murs extérieurs et trois bastions de la casbah ainsi que la mosquée Erzini caractérisée par un minaret aux allures modestes. C’est également à cette époque que remonterait le tracé des rues des quartiers originaux al-Blad et al-Mtamar. Dans ce dernier furent aménagés des silos souterrains qui servirent également de prisons où furent entassés quelques 20 000 prisonniers chrétiens qui contribuèrent à l’édification de la ville.

En 1609, le décret d’expulsion ordonné par Philippe III, provoque une arrivée massive de quelques 10 000 réfugiés “morisques” à Tétouan dont la superficie augmentera pour atteindre la taille de la ville fortifiée d’aujourd’hui. Débordant largement des fortifications initiales de la casbah, la ville dont la superficie quadruple sera entourée d’une nouvelle enceinte qui sera achevée à la fin du XVIII ème siècle.
L’illustration ci-dessous donne les limites de ce mur d’enceinte.
Le Plan de la Medina de Tétouan
La création des quartiers Tranquat, Ayun remonterait à cette époque.
La sobriété et l’absence de surfaces décorées caractérisent les monuments de cette période morisque. Les minarets sont reconnaissables à une décoration limitée à de simples bandes de briques et à des arches aveugles. Dans les bâtiments, les arcades sont souvent semi-circulaires et non pas en fer à cheval comme dans l’architecture traditionnelle héritée des Almoravides. Un témoin encore visible de l’architecture de cette époque est la médersa (terme arabe désignant une école) de Loukach construite en 1758.
Aux XVII ème et XVIII ème siècle, Tétouan connait un véritable essor économique, social et culturel lié au développement d’un commerce régional et international intense dû à sa situation unique. Seul port marocain n’étant pas sous l’occupation portugaise, Tétouan constitue alors la place de transit principale de nombreuses marchandises telles que la laine, la cire, le cuivre, les peaux, le blé, la gomme arabique, les armes et munitions ainsi que les esclaves à destination ou en provenance de Fès. Cette prospérité commerciale attira les consuls de plusieurs états occidentaux et la ville devint alors la capitale diplomatique du Maroc.

Le XIX ème siècle est une période sombre pour Tétouan : La peste en 1800 et 1818, la famine en 1825 et la guerre de 1859 à 1862 avec l’Espagne débouchant sur une occupation de deux années affaiblissent la cité.
Parallèlement, le développement du littoral atlantique débouche sur l’abandon de l’axe Tétouan-Fès au profit des axes reliant Tanger et Casablanca à Fès. Le port de Tanger plus ouvert et plus pratique peut accueillir les grands navires de l’ère moderne et connait une croissance importante. Les diplomates européens quittent alors Tétouan pour s’y établir et la ville perd alors son statut de capitale diplomatique au profit de Tanger. Cette dernière devient le pôle économique de la région et attire de nombreux commerçants juifs et musulmans tétouanais. Sous la concurrence des produits manufacturés, l’artisanat de Tétouan finit par s’écrouler.
C’est également de cette époque que date le déplacement de l’ancien mellah (quartier juif), jusqu’alors situé au Nord-Est de la médina, vers sa localisation actuelle au Sud. Cette décision qui impliqua un déplacement de milliers de personnes fut prise dans le cadre de la construction dans le quartier al-Blad de la Grande Mosquée et cette intervention volontaire d’urbanisme est un fait assez exceptionnel dans le développement des médina qui s’édifiaient sans plan préétabli. Il en résulta un nouveau mellah dont le plan est rectiligne et relativement insolite pour une médina dont le processus de construction était souvent le résultat d’une initiative individuelle ou familiale.

Tétouan connaitra encore quelques périodes fastes mais de courtes durées durant lesquelles des richesses considérables furent accumulées par certaines familles juives et musulmanes. Ces notables profitèrent de l’espace laissé par le déplacement du mellah pour y bâtir des demeures et des palais luxueux encore visibles aujourd’hui. Ce sont en particulier les palais des familles Erzini, Gharsia et Brisha caractérisés par des dimensions plus importantes que celles des maisons des époques précédentes ainsi que par une décoration abondante à base de zelliges de Tétouan.