Dans le Nord du Maroc, montagnes et forêts sauvages offrent au macaque de Barbarie des espaces encore relativement préservés où il pourrait vivre en paix. Toutefois la pression démographique et les activités humaines qui y sont associées menacent de plus en plus la survie de cette espèce de singe. Certaines associations et autres projets s’intéressent depuis quelques années à cette espèce menacée et tentent de sensibiliser les populations locales à l’intérêt et à la richesse que peut représenter la présence de ces animaux. Ici à Tétouan, c’est l’association « Barbary Macaque Conservation in the Rif » du docteur Sian Waters qui assure ce travail de sensibilisation depuis 2004.
Régulièrement le docteur Sian Waters nous informe au travers d’une newsletter instructive sur les avancées du projet et les activités qu’elle met en place. Sa dernière newsletter est arrivée et comme à chaque fois depuis notre installation à Tétouan, je vais en assurer la traduction en français, une langue qu’elle ne maîtrise pas. L’avantage de ma traduction est également de lui fournir un document de travail qu’elle peut remettre aux différentes autorités locales avec lesquelles elle est en relation constante.
Voilà ce que nous dit Sian :
Le premier tournoi de football organisés par BMCRif
Ce fut un automne chargé pour l’équipe de BMCRif, que celui de l’année passée au cours duquel fut organisé son premier tournoi de football. L’évènement qui s’est déroulé en octobre a rencontré un vif succès. Quatre équipes ont pris part à la compétition et c’est l’équipe de Moulay Abdleslam qui l’a remportée. Le trophée remis a été offert par l’association tétouanaise de football. Les T-shirts proposés par BMCRIf rencontrèrent un tel succès que rapidement les tailles enfants ont été épuisées et il a fallu distribuer les tailles adultes même aux plus jeunes.
Le tournoi fut l’occasion de lancer une campagne de sensibilisation auprès des enfants et adultes présents. Chaque participant et supporter a reçu ainsi un T-Shirt, un sac et un flyer présentant le projet. Cette information est dirigée essentiellement vers les habitants de Bouhachem qui sont en contacts réguliers avec les populations de singes présentes dans ces forêts, mais pas seulement. Les informations du flyer ont été lues dans les différentes mosquées de la zone et quelques individus ont déjà changé leur comportement.
Cette campagne a été financée en 2010 par le Zoo de Barcelone qui réitère en 2011 son soutien à l’équipe de BMCRif par l’envoi d’une nouvelle recrue Sonia Moles en tant qu’agent de sensibilisation et d’éducation.
Le programme sanitaire pour les chiens de Bouhachem animé par Tamlin Watson
L’une des premières actions de ce programme, démarré l’année passée, a été la campagne de vaccinations des chiens de bergers des trois villages de la région de Bouhachem : Lahcen, Talyamen et Tayensa. Lhacen et Talyamen sont deux villages typiques de la région d’une quarantaine de maisons et dont les habitants possèdent majoritairement des chiens pour garder leurs troupeaux. Tayensa est un ensemble de petits hameaux dispersés sur une vaste étendue et la vaccination des chiens de ce village a nécessité plus de temps pour son accomplissement.
Malgré le soutien des maîtres, tous les chiens n’ont pu être vaccinés : certains chiens ont fait l’objet de mauvais traitement de la part de leur maître et ne se laissent donc plus facilement approcher et maîtriser… D’autres chiens ont également été écartés : les malades, les trop jeunes, les trop vieux ou encore les femelles portantes ainsi que quelques animaux qui ne sont plus utilisés comme gardiens de troupeaux et qui n’ont donc plus ou peu de contacts avec des animaux sauvages porteurs éventuel du virus.
Les animaux vaccinés étaient marqués au moyen d’un spray de couleur et leur maître ont été invités à leur mettre un collier de couleur permettant d’identifier leur village d’origine.
Conjointement à la vaccination, un traitement anti-parasitaire a été administré aux chiens. Contrairement à la vaccination, ici, tous les chiens ont pu être traités : le traitement se faisant au moyen d’une boulette dans laquelle était placé le traitement.
Du matériel didactique expliquant comment réagir face aux morsures a été distribué dans les écoles et mosquées de la région ainsi que des informations sur le programme de prévention que BMCRIf était en train de réaliser.
Un programme important pour cette région car une semaine à peine avant le début de la campagne, une femme appartenant à l’un des villages visés est encore décédée de la rage.
Pour la réalisation de cette campagne, BMCRIf a travaillé de concert avec le département vétérinaire local qui a fourni les doses de vaccin anti-rabique nécessaires. Le programme a été rendu possible grâce à l’aide financière de Lush Charity Pot UK.
Mais pourquoi travailler sur les chiens et le football ?
BMCRif est un projet de conservation globale qui identifie et essaie de traiter la cause d’un problème et pas seulement les symptômes. Nous pensons que cette approche nécessite plus de temps pour obtenir des résultats mais que ces résultats, une fois acquis, dureront plus longtemps.
Au cours de notre travail, nous avons découvert que les chiens sont les principaux prédateurs des macaques. Ils forment des meutes et partent chasser en forêt pour se nourrir. De nombreuses personnes pensent que ces chiens sont sauvages, alors qu’en fait, ils ont des propriétaires, mais qui les nourrissent mal. Leur principale proie dans la région sont les singes mais ils peuvent également s’attaquer à d’autres animaux tels que des vaches qui pâturent en montagne. Le programme de santé pour chiens a donc commencé par une tentative de convaincre les populations locales à revoir leurs attitudes à l’égard de leurs chiens et d’améliorer leur « bien-être ».
Mais au cours de ce projet, nous avons découvert que la rage constitue un très gros problème dans la région, de sorte que le
programme de vaccination contre la rage a été mis en place. Ses effets bénéfiques tant pour les chiens que pour les populations locales est incontestable.
Quant au football, il nous permet de transmettre d’une manière agréable notre message pour la préservation des singes. Depuis ce tournoi, les enfants sont fiers de porter notre T-shirt à l’école et ne manquent pas de nous interpeller quand ils ont vu des singes. Bon nombre de ces enfants iront probablement travailler comme berger plus tard et il est important que les singes soient associés à une image, à quelque chose qu’ils aiment comme le football qui reste l’une des activités les plus prisées des enfants…
Les T-shirts adultes ont été distribués à des bergers et régulièrement, maintenant, nous sommes abordés par leurs amis qui en veulent un aussi. Ces T-Shirts sont désormais vus comme un symbole de statut social et cela malgré l’illustration du singe sur le devant. Lorsque nous avons débuté notre travail, les singes étaient considérés comme une source, un objet d’amusement. Cette attitude est en train de changer !
Toutes les activités et programmes que nous développons ont un point commun : celui de montrer à la population que leur bien-être est également notre source d’intérêt. Ce que nous proposons est simple et relativement peu coûteux mais les résultats sont très précieux. Par ailleurs, les populations sont invitées à participer : elles apprécient et s’approprient maintenant le projet.
Pour l’avenir, nous espérons trouver et mettre en place d’autres activités similaires bénéfiques tant pour la population locale que pour la sauvegarde du macaque de Barbarie.
Qu’en est-il de la population et de nos groupes de singes ?
L’automne 2010 a été une bonne année pour la production des glands qui constituent l’une des sources principales de l’alimentation des singes avant l’hiver. Ils ont pu ainsi faire de bonnes réserves et prendre du poids.
Malheureusement de nombreux jeunes macaques nés au printemps n’ont déjà pas survécu à l’été. C’est peut-être une situation normale pour la population de Bouhachem, toutefois des études complémentaires doivent être menées afin de savoir si cette mortalité n’est pas due aux conditions climatiques exceptionnellement chaudes et sèches de l’été passé.
Depuis janvier 2011, BMCRif a étendu son territoire d’étude qui compte désormais les massifs calcaires du djebel Kelti et de El-ghorhiz. Nous avons récemment découvert qu’il existait dans cette zone un trafic de jeunes macaques et il est donc important que nous assurions une présence sur le terrain afin d’y mettre fin. Heureusement, Ahmed est bien connu et apprécié dans cette région où il a passé pas mal de temps.
Ce mois d’avril fut également le mois des premières naissances de l’année. Il s’agit d’une période très délicate pour les groupes qui doivent s’occuper des nouveaux-nés mais également surveiller et protéger les jeunes de l’année passée contre les menaces des prédateurs tels que chiens et humains ou autres menaces telles que les feux…
Des feux de forêt.
Les feux sont l’une des pires choses qui puissent arriver dans la forêt de Bouhachem car ils peuvent détruire toute la végétation sur de vastes étendues dont le reboisement sera difficile et long. Durant le mois d’avril, lors d’une sortie d’étude sur le terrain, Ahmed et Mohamed ont vu de la fumée s’élevant au dessus des arbres. Il se sont rendus aussitôt dans la zone d’où elle provenait pour constater le départ d’un feu. Ils l’ont rapidement attaqué après avoir appelé du renfort auprès des Eaux et Forêts qui leur a envoyé quelques agents auxquels se joindront des proches villageois Il leur faudra six heures de lutte pour en venir à bout et empêcher la destruction d’un grande zone.
Barbary Macaque Conservation in the Rif dispose de sa page Facebook. Merci de la rejoindre et d’apporter votre soutien ne fut-ce que moral – cela ne coûte rien – à ce projet !
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