La Journée du Patrimoine 2011 à l’ENSA de Tétouan
Avant toute chose, il faut que j’avoue avoir fait une énorme méprise dans mon précédent article concernant cet évènement… Et nous en avons fait les frais… J’explique.
Pour moi le Patrimoine, c’est principalement l’architecture et le cadre bâti même si je l’accorde, il existe la notion du patrimoine immatériel. Quoiqu’il en soit, lorsque j’ai vu la publication sur Facebook de l’évènement, j’ai fait le raccourci et attribué à l’ENA (Ecole Nationale d’Architecture) l’organisation de la journée, cela me paraissait aller de soi et évident…
C’est donc vers les locaux de cet établissement que nous nous sommes dirigés en début d’après-midi… Et là, surprise lorsque nous arrivons dans ce qui aurait du être l’espace de la journée : il n’y avait rien… nous pensons alors que la journée a été annulée et nous préparons à rentrer à la maison… Sur ces entrefaites, le gardien de l’école arrive et nous indique une porte derrière laquelle nous entendons du bruit. Mais rien à voir avec une journée du patrimoine car c’est une classe animée par le Directeur de l’Ecole, M. Hakim Cherkaoui que j’ai déjà eu le plaisir de rencontrer dans le cadre de l’atelier d’urbanisme EURMED qui s’est tenu le mois passé à Tétouan. Il s’étonne de me voir là et me demande le pourquoi de notre visite. Je lui explique que je suis là pour la Journée du Patrimoine. Il est surpris et nous essayons de comprendre : rapidement et grâce à internet on trouve la source de l’erreur. La Journée est organisée par l’ENSA (Ecole Supérieure des Sciences Appliquées) et non l’ENA… Je lui fais tout de même part de mon étonnement à ce que l’école d’architecture n’ait rien organisé pour l’occasion et là, il m’informe que, du 2 au 6 mai 2011, se tiendra la « Semaine de l’Architecture ». J’en parlerai plus en détails dans un prochain article…
On ne sera donc pas venus pour rien, mais il nous faut maintenant rejoindre les locaux de l’ENSA qui sont assez distants… On prendra donc un petit taxi, mais ce ne sera pas simple de lui faire comprendre où nous voulons aller… que ce soit en français ou en espagnol…
Finalement, nous arrivons à l’école dont les locaux sont tout neufs.
Comme nous somme désormais en retard, pensons-nous, nous ne nous attardons pas au rez-de-chaussée où se tient une exposition de pièces artisanales et grimpons directement au premier pour rejoindre la salle où doivent se donner les communications.
Heureusement, la séance n’est pas encore ouverte… et les intervenants attendent.
C’est Mme Amel Nejjari qui ouvrira la séance, fera les présentations et expliquera la genèse de la journée. L’ENSA de Tétouan accueille chaque année des étudiants venant de diverses régions du Maroc et aussi d’autres pays d’Afrique ou du Moyen-Orient pour lesquels la culture de Tétouan reste souvent un mystère et méconnue.
Certains de ces étudiants, et deux en particulier, ont voulu en savoir plus et sont partis à la recherche de cette identité spécifique : ce sont M. Youssef Berriga et Ayoub Hassou
L’idée leur est ensuite venue de partager leurs découvertes.
La première intervention sera faite par M. Mehdi ZOUAK, Directeur régional de la Culture qui nous parlera de « La politique culturelle et régionnalisation, exemple de réhabilitation des monuments historiques ». Nous aurons droit à une présentation de la politique ministérielle et on apprendra ainsi que 2006 représente une année clé, décisive, pour le Ministère de la Culture, et en particulier pour la Direction régionale de Tanger-Tétouan car la gestion des dossiers se voit à partir de cette date décentralisée. Chaque région se doit dorénavant de présenter et défendre ses projets. Et sur les nombreux projets présentés au niveau national, cinq ont été retenus et parmi ceux-ci quatre pour la seule région Tanger-Tétouan. Ce sont les sites de Lixus, du cromlech de M’Zora, de Kasr El-Ghebir et de Tamuda. S’en suivra une courte présentation des différents projets. Parmi les informations que j’ai retenues, celles de la prochaine édition d’un guide sur Tamuda, le site archéologique tout proche de Tétouan (5 Kilomètres). Il faudra que je me le procure pour nos hôtes.
Après son exposé M. Zouak répondra à certaines questions posées par le public, lesquelles seront axées plus particulièrement sur le problème de la vieille médina de Tétouan. Nous apprendrons ainsi qu’un projet est actuellement orienté sur le système du « skundo », ce réseau de distribution d’eau particulier à Tétouan dont les origines remontent au XVIème siècle et constitué d’un ensemble ingénieux d’éléments dispersés dans certaines maisons ou institutions publiques de la médina qui permettait d’alimenter les différentes fontaines, mosquées, hammans et autres maisons de la vieille ville. Par ailleurs, un des anciens foundouks de Zankat M’kadem devrait être restauré et aménagé en un centre d’interprétation sur le thème de l’eau.
Sachant que récemment un atelier d’urbanisme Eurmed a travaillé sur le problème de la médina et que ce projet n’a jamais été mentionné, j’ai soulevé le problème évident du manque de coordination et de communication et donc de vision stratégique globale qu’il existe entre les différentes instances concernées : chacune y va de son étude sans tenir compte des projets des autres… Quand on parle d’efficience, il y a sûrement mieux à faire avec les moyens engagés. Même si ceux alloués à la région se sont vus multipliés par 100 depuis 2006, il représentent moins de 3% du budget et restent certainement insuffisants face aux défis que représentent la conservation et la restauration des monuments et sites.
L’intervention suivante a été faite par M. Bouabid Bouzaid et a traité des « zellijs de Tétouan ». Quand je pense que c’est principalement pour cet exposé que nous venions, nous avons été déçus quand M. Bouzaid nous a informés qu’il le ferait en arabe. On s’est donc contentés des diapositives présentées… et parmi celles-ci j’ai eu le plaisir d’en voir certaines prises par votre serviteur et issues de cet album : « Céramiques espagnoles de l’Ensanche ».
A la fin de son intervention, j’ai quand même interrogé M. Bouzaid sur l’époque et les raisons de la disparition de la technique tétouanaise de fabrication des zellijs qui est tout à fait différente de la technique fassi. D’après ses dires, c’est dans les années vingt, sous le Protectorat espagnol que les ateliers, installés du côté de Bab Nouader, disparaissent par faute de commandes. Les « élites » tétouanaises (dixit M. Bouzaid) préfèrent alors intégrer dans leur maisons les « azulejos » espagnols plus aisés de pose et donc moins onéreux…
La dernière communication, nous la devrons à Mme Meftaha Senhaji et portera sur les » Femmes de Tétouan: entre ici et ailleurs « . Mme Senhaji nous présentera les résultats d’une enquête qu’elle a réalisée auprès de « pures » femmes tétouanaises » sur le thème des valeurs liées au mariage et au choix des achats et aux choix vestimentaires ». Elle a cherché par cette étude à comprendre la spécificité culturelle de la femme tétouanaise à laquelle elle a été elle-même confrontée par son mariage avec un tétouanais d’origine, elle qui vient de Tanger avec des origines soussi de Casablanca. Certains chiffres, même si ils sont discutables, confortent le constat d’une différence notoire avec les femmes marocaines en général. Certains interventions et témoignages du public viendront également appuyer certains de ces constats et on aurait pu, je pense, dialoguer encore longtemps sur le sujet…
Mais il se faisait tard et la séance fut clôturée par Mme Amel Nejjari qui nous a fixé rendez-vous pour la prochaine édition en 2012.
Comme je l’ai signalé au début, en marge de ces présentations, se tenaient également une exposition photographique et une présentation d’objets d’artisanat. Parmi ceux-ci des pièces sorties d’un atelier de céramique dont j’ignorais l’existence et que j’irai voir prochainement.
Il faudra également que je revienne à l’ENSA car c’est ici, dans un des ateliers de l’école, que se dessine et se développe le projet CHUNGO, le prototype d’une voiture destinée à participer à l’éco marathon SHELL et dont voici la première « sortie » dans les couloirs de l’école.


Dar Rehla – Casa de hôspedes
Dar Rehla – Guesthouse
Dar Rehla – Maison d'hôtes