Alors que le samedi, nous nous sommes rendus à Aïn Zarka en compagnie de quelques amis, notre dimanche a été une nouvelle journée de découverte. En effet, Reda, un jeune ami tétouanais dont nous avons fait la connaissance il y a quelque temps nous a proposé de l’accompagner dans le village de sa famille. L’endroit dénommé Cherafat se situe au-delà de Chefchaouen, dans les montagnes rifaines, sur la route qui mène à Al-Hoceima. La famille de Reda y possède des terres plantées presque exclusivement d’oliviers.
Reda qui est revenu au Maroc après avoir passé quelques années d’étude en Espagne a démarré une activité de commercialisation et de montage d’équipements professionnels et domestiques relatifs au confort. Dinamo Group est le nom de sa société et il doit justement se rendre à Cherafat pour l’installation dans la maison familiale de deux unités de climatisation. Pas évident de démarrer une activité commerciale et les coups de pouce de la famille sont toujours les bienvenus. C’est donc en compagnie de son technicien Bilhal que nous prendrons la route vers 11h00.
La météo s’annonce belle et dès que nous quittons Tétouan le ciel bleu fait son apparition au travers des nuages, la température est toutefois encore fraîche.
A la sortie de Tétouan, nous longeons l’emplacement du souk où se déroule chaque dimanche un grand marché au bétail. A cette heure, il est déjà tard, l’activité est réduite et les transporteurs sont affairés au chargement de leur véhicule.
En période « pré-Aïd », l’endroit est une vraie fourmilière et le bétail se compte par milliers…
La route est peu chargée et nous pouvons profiter des paysages.
Tant qu’à faire nous nous arrêterons à un établissement situé sur la route pour y prendre un thé. Sa terrasse surplombe le barrage et le panorama est étendu. On peut constater que le barrage est bien rempli à cette période.
Nous nous remettons en route et après une trentaine de kilomètres nous laissons Chefchaouen sur le côté.
Encore quelques kilomètres dans la vallée où coule un oued bien chargé à cette période avant que ne la route monte dans la montagne.
Un peu plus loin, nous traverserons Bab Taza, une localité qui, aux dires de Reda, était encore très peu étendue il y a quelques années.
L’essor de la ville serait dû aux bénéfices procurés par la culture d’une plante fort appréciée dans la région, le cannabis…et qui s’y cultive encore beaucoup même si des actions seraient officiellement menées pour la destruction des champs. De toute manière, à cette période de l’année, nous n’en verrons pas car la culture se fait de février à juillet-août…
Nous montons encore un peu en altitude et le brouillard enveloppe les crêtes.
Un peu plus loin, au détour d’un virage, nous serons confrontés à la triste réalité de la dangerosité des routes marocaines. Un corps sans vie et couvert est allongé sur le bord de la route et un attroupement de curieux rend le passage encore plus dangereux.
Enfin après quelques kilomètres dans les lacets, nous arrivons à destination. La maison est à l’entrée du village et au bord de la chaussée.
La construction du corps de bâtiment initial remonte aux années 40-50. Elle s’est faite à flanc de la colline et comprend trois niveaux : le niveau supérieur est au niveau de la chaussée et vue de celle-ci la maison est trompeuse et ne donne pas une idée de sa grandeur. Du côté de la chaussée, peu d’ouvertures, hormis une porte alors que du côté de la vallée, chaque niveau possède une galerie ouverte offrant un panorama exceptionnel sur la vallée et les montagnes qui font face. De nouveaux corps de bâtiment sont venus s’ajouter depuis, construits perpendiculairement à la construction initiale et Reda en a refait la peinture. Le résultat est probant.
De nouvelles terrasses agrémentent chacune des nouvelles ailes ajoutées et on s’imagine volontiers y prendre le thé et profiter de la vue sur les terres en contre-bas.
Ici, de nombreux éléments nous rappellent que récemment encore de nombreuses tâches étaient faites à la maison tels la présence de cette meule.
Nous avons eu le privilège de pénétrer dans les différentes pièces qui composent la maison. Force est de constater que les « anciens » avaient une autre maîtrise de la construction. En ce temps on construisait au mortier, les murs étaient épais et les toitures en pente sur une charpente en bois. Certaines toitures étaient alors faites en tuile et d’autres, celles des maisons plus modestes, en paille. Actuellement la paille a été souvent remplacée par la tôle, moins chère et plus facile d’entretien comme sur ces autres bâtisses du village.
Quoiqu’il en soit ces toits en pente constituent un net avantage pour la pérennité des bâtiments dans ces régions où il pleut quand même beaucoup, par rapport aux toits plats que l’on construit généralement maintenant et dont l’étanchéité est toujours un gros problème.
Je n’en veux que pour preuve l’état de la charpente et des peintures qui ornent encore les poutres du toit du corps de bâtiment original ! Elles remontent à plus de 60 ans et sont toujours dans un état impeccable !
Ces maisons sont également souvent pleines de détails architecturaux qui en font leur spécificité et originalité. Pas besoin de beaucoup de chose pour faire de la décoration.
L’oncle de Reda nous offrira un excellent thé non pas à la menthe – à cette époque elle est moins parfumée – mais infusé avec des feuilles de citron « beldi » cueillies plus bas dans le jardin et nous partagerons avec lui quelques olives savoureuses.
Pendant ce temps Bilhal a bien avancé dans le placement des supports du premier appareil et Reda lui donne un coup de main pour la fixation de celui-ci.
Le temps que Bilhal prépare l’installation du deuxième appareil, Reda et son oncle nous proposent de visiter la mosquée toute proche.
Aux dires de l’oncle, la mosquée est l’une des plus anciennes voire la plus ancienne du Maroc, et sa construction serait antérieure à celle de la mosquée Karaouiyne de Fès, laquelle a été fondée en 859 par Fatima el Fihri. L’implantation initiale reviendrait à Tariq ibn Ziyad,général musulman omeyyade, qui conquit la péninsule ibérique en 711. Depuis ces temps, l’implantation de la mosquée n’a pas changé même si quelques nouvelles constructions y ont été attachées et son minaret (re)construit récemment.
Reda et son oncle nous montrent les tombes de leurs ancêtres qui reposent au pied de celui-ci.
Le site abrite également une medersa reconnue encore fort fréquentée et au sein de laquelle l’oncle de Reda a suivi une partie de son enseignement.
A ses abords se trouve le cimetière dans lequel les tombes disparaissent sous une abondante végétation. Seul submerge ce mausolée qui aurait même abrité un trésor récupéré quelques années auparavant par les héritiers en possession d’une carte en indiquant l’emplacement exact…
Plus réel est le rocher que l’on peut voir à l’entrée du site, tombé de la montagne qui fait face.
Il n’y a pas si longtemps, de nouveaux morceaux s’en sont détachés et ont roulé encore jusque ici…Pas de victimes, ni de dégâts heureusement…
Cherafat est situé sur un axe routier fort fréquenté et de nombreux commerces se sont développés ainsi aux bords de la route.
Le nombre de restaurants et grillades est important : ils se sont installés de part et d’autre de la cascade qui alimente gratuitement toute la zone de son eau.
La cascade alimentait auparavant un moulin hydraulique dont les vestiges se trouvent toujours dans ce bâtiment abandonné. Peut-être qu’un jour on aura l’occasion de le remettre en valeur ?
L’odeur des grillades est apétissante et nous irons tester l’un des établissements.
De sa terrasse, la vue y est splendide mais nous préférons rester à l’intérieur car le froid est sec…
Très bonne viande, bissara excellente et un pain cuit au bois savoureux avec un thé bien chaud constitueront notre repas avant de reprendre la route vers Tétouan.
Merci Reda pour cette journée. Des moments tels que ceux-ci, on en redemande ! Et c’est sûr que l’on reviendra car il y a encore bien des choses à visiter et à faire par ici… Et qui sait, peut-être avec vous si vous passez par Dar Rehla, notre maison d’hôtes riad à Tétouan.
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