Avant de visiter la vieille médina en empruntant l’un des trois circuits proposés dans un article précédent, un arrêt sur la place Hassan II, encore largement connue sous son appellation initiale de “El Feddan” nous semble indispensable.

La place Hassan II ou El Feddan de Tétouan
Le feddan, c’est en arabe une mesure de superficie et par abstraction, ce terme pourrait désigner une zone d’exploitation agricole : ce qui expliquerait cette dénomination appropriée car au début c’est l’usage qui est fait de cet espace situé à la limite extérieure de la médina. C’est alors la famille andalouse Loukach qui l’exploite. Cette famille dirigea la ville au XVIII ème siècle et a laissé à la ville quelques monuments importants dont une médersa dont la restauration est toujours en cours.
Plus tard et jusqu’au début du XXème siècle, la place aura fonction d’aire de battage pour le blé, de souk, de marché au bétail et même d’abattoir ; trois fois par semaine Tétouan y accueillait un marché qui attirait les paysans des campagnes proches et où se pratiquaient encore le troc.

Le Feddan au début du XX ème siècle
Mais déjà à partir de la première occupation espagnole de 1860 elle deviendra place d’Espagne : le vainqueur débaptise alors de nombreux lieux tels que les portes et les noms choisis sont emblématiques et provocateurs. Plus tard, sous le Protectorat, la zone sera bâtie et abritera alors la résidence du haut Commissaire et le palais du calife Moulay El-Mehdi. Entre 1927 et 1930, la place sera réaménagée en respect du plan général d’urbanisation, structurée selon le modèle des jardins hispano-mauresques : on y installe en son centre une espèce de pavillon ouvert et le revêtement existant est remplacé par un pavement similaire à celui qui se trouve dans le parc Maria Luisa de Séville. Viennent également compléter l’ouvrage de nombreux parterres et des plantations de palmiers sur les abords qui apportent ombrage.

La place du Feddan des années 20 à 80
Avec la construction de l’Ensanche, cet espace va changer définitivement de fonction. Ce qui était au départ une zone d’échange entre la ville et la campagne extérieure va devenir alors la pièce principale autour de laquelle vont s’articuler les relations entre la vieille ville et la nouvelle cité, et ce jusqu’à ce jour encore.
Après l’Indépendance, la place abritera jusqu’en 1988 le Consulat espagnol dans le bâtiment situé à l’extrême droite de l’actuel Palais royal. C’est à cette époque qu’elle subira de nouvelles transformations importantes qui aboutiront à la place dans sa physionomie actuelle. A l’époque toute circulation y est alors interdite et elle prend désormais le nom de place Hassan II. Ce n’est que dix ans plus tard, qu’une partie de la place retrouve sa vocation de lieu d’échange, de rencontre et de réunion au plus grand bonheur de la population tétouanaise.

La porte d'accès du Palais royal de Tétouan
Actuellement la grand porte majestueuse d’accès au Palais royal constitue la référence visuelle des visiteurs. Sur sa gauche se trouvent les dépendances royales et à leur extrémité débouche la rue du Mechouar qui constituait une zone très importante de la vie administrative et politique car y étaient regroupées les anciennes dépendances du Makhzem. Cette rue est interdite d’accès.
L’espace public accessible est en effet limité et dorénavant réduit aux limites extérieures de la Place. Sur sa gauche, se trouve une zone très calme avec quelques terrasses desquelles l’on surplombe légèrement la place.

Terrasses extérieures en bordure du Feddan
De ce côté se retrouvent deux anciennes Zaouia, celle de Sidi Ben Aissa

La zaouia Sidi Ben Aissa
et celle de Sidi Abdallah el Hadj

Le minaret de la zaouia Sidi Abdallah el Hadj
entre lesquelles la rue Caïd Ahmed permet un accès direct au quartier Trancat. Cette rue héberge un certain nombre de pensions. Sous l’occupation espagnole ces deux édifices religieux abritèrent respectivement le bureau des postes et télégraphe et une église catholique…
L’espace situé du côté droit de la place est nettement moins paisible, occupé par un nombre important de marchands ambulants attirés par le flux continu et incessant des passants. Un peu de patience est indispensable pour se frayer un passage au travers de leurs étals et de la foule.
Mais au terme de ce parcours, vous accèderez à Bab Ruah, l’une des sept portes d’accès à la vieille ville. Sur la droite, s’étale le mellah, l’ancien quartier juif.