Quotidien et tourisme à Tétouan au Nord du Maroc

Que faire à Tétouan et dans ses environs…
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Archive for juin, 2009

Vers Ceuta – la frontière et ses formalités

juin 26, 2009 By: Dar Rehla Category: Non classé

Située à quelques 50 kilomètres de Tétouan, Ceuta ou Sebta vaut certainement le détour. Nombreux sont les vestiges militaires portugais et espagnols que l’on peut y trouver et la mise en valeur de ce patrimoine par l’Espagne est remarquable.
Une journée complète doit lui être réservée compte tenu des formalités qu’il vous faudra accomplir au passage de la frontière et qui peuvent être longues en période estivale.
C’est au moyen d’un grand taxi que nous avons regagné la frontière. Le voyage s’est fait via une route à quatre bandes en excellent état le long de la côte.
La route à l'entrée de M'Diq M'Diq
De nombreux travaux d’aménagement sont encore en voie de finition sur cette route récente qui fait partie du projet global d’infrastructure routière concernant toute la côte méditerranéenne. Les abords directs font aussi l’objet de multiples plantations réalisées par une main d’oeuvre abondante presque exclusivement féminine.
Plantations Plantations
Les pelouses, palmiers, canas ainsi que de nombreuses autres espèces exotiques composent des parterres artistiquement composés et colorés.
La route longe quelques complexes touristiques luxueux équipés de marinas où sont accostés de nombreux yatchs imposants. Nombreux sont également les établissements et restaurants de luxe et c’est dans cette zone que sont regroupés les hôtels de chaînes renommées et les clubs de vacances tels que que Sofitel, Club Méditerranée, Kabila Beach…
L'entrée du SOFITEL Marina Smir
Marina Smir
Ces complexes sont superbes, bien aménagés mais personnellement, je trouve que l’architecture des bâtiments manque parfois d’originalité ou plutôt d’authenticité et rappelle trop celle des projets similaires que l’on trouve en Espagne ou au Portugal. L’intégration visuelle au paysage a toutefois le mérite d’être respectée et ne donne pas l’impression d’une urbanisation anarchique comme on peut la voir le long de certaines côtes très (trop?) touristiques. Les bâtiments, par exemple, restent encore ici à une hauteur raisonnable. Complexe touristique Complexe touristique de Tamuda Bay
Dans le cadre du plan Azur dont le Maroc s’est doté, de nombreux projets sont encore à l’étude dans cette région et il faut espérer que le respect de l’environnement encore fort sauvage à de nombreux endroits soit une priorité du gouvernement.  Une attention particulière devrait être portée au secteur occupé par la lagune de Smir, niche écologique particulière où transitent de nombreux oiseaux migrateurs dont des cigognes.
Cigognes
Après une bonne heure de route, nous arrivons à la frontière et nous quittons le taxi.  D’une part, notre chauffeur Mohammed n’est pas assuré pour circuler sur le territoire de Ceuta et d’autre part les contrôles douaniers pour les véhicules sont fort longs; il est donc préférable de rejoindre à pied le poste frontière parmi les nombreux marocains qui partent s’approvisionner en marchandises diverses de l’autre côté de la frontière. Beaucoup de ces marchandises passeront la frontière en contrebande et alimenteront les boutiques de Tétouan bien connue pour ces articles.

A la sortie du taxi, certains marocains essayeront de vous vendre, fort cher, la fiche administrative qu’il faut remplir pour passer la frontière. Ne vous laisser pas abuser par leurs boniments car ces fiches sont distribuées gratuitement plus loin au niveau des guichets.
Nous nous attendions à devoir subir des files interminables pour passer le poste frontière, certains chiffres annonçant un passage de +/- 20.000 personnes par jour !
Heureusement, aujourd’hui nous sommes un vendredi et nous apprenons que le transit est toujours moins important ce jour. Pour arriver de l’autre côté de la frontière nous empruntons l’une des allées grillagées destinées à canaliser le flux. Sans indication, nous suivons les files mais arrivés au bout, on nous signale que nous devons nous présenter à l’un des nombreux guichets situés sur la gauche du passage afin de faire viser notre passeport. Pour ce faire le douanier vous remettra la fiche administrative à remplir dont mention ci-dessus. Prévoyez de quoi écrire car au niveau du poste rien n’est prévu. Votre passeport visé, vous réintégrerez la file et le présenterez au policier en faction. Vous pénétrez alors dans le no man’s land avant d’arriver au poste frontière espagnol : ici les formalités sont plus rapides.
Pour rejoindre le centre de la ville distant de trois kilomètres environ, nous prendrons le bus jusqu’au terminus (0,7 euros) et notre attente sera très courte. Le terminus se situe dans une rue qui d’un côté débouche sur la côte méditerranéenne et de l’autre sur l’atlantique. On peut distinguer au loin le rocher de Gibraltar distant de quelques  kilomètres.

Au retour, en fin de journée il nous faudra repasser par le poste frontière.  Le poste frontière de Ceuta - côté espagnol
De nouveau, pas beaucoup d’indications quant au chemin à suivre et nous suivons le flux… Finalement, un marocain nous informera que pour les étrangers, le chemin est différent et que nous devons passer du côté des véhicules.   Dans un sens, tant mieux pour nous car il est fort probable que le passage de la douane au milieu des nombreux marocains rentrant au pays après une journée à Ceuta et chargés de nombreux colis doit durer…

Après quelques dizaines de mètres, on nous dirige vers un des nombreux containers qui servent de bureaux où nous devrons faire viser notre passeport, après avoir rempli la petite fiche indispensable.   Mais auparavant, « grippe mexicaine »  oblige, nous passerons une « visite médicale » qui au moyen d’une caméra thermographique devrait déterminer si nous sommes fièvreux et éventuellement porteurs du virus.  dsc_2538_0
Le moyen est plus sophistiqué que les portiques par lesquels nous avions déjà dû passer lors de notre entrée sur le territoire marocain à l’aéroport Ibn Battuta de Tanger mais je reste assez perplexe quant à la pertinence de ces moyens… Par curiosité, je demande au docteur chargé de l’examen quelle est la période d’incubation du virus : 10 jours est sa réponse.  Cela confirme mon septicisme sachant que durant cette période, le patient ne présente pas de symptômes.  Quel est l’intérêt de telles mesures de contrôle d’autnat qu’en avril 2009, Gregory Hartl, porte-parole de l’OMS disait déjà :

« Si une personne a été exposée au virus ou a été contaminée (…) cette personne peut ne pas présenter de symptômes à l’aéroport(). Les contrôles aux frontières ne marchent pas (). La surveillance de la fièvre (par des caméras thermiques) ne détectent pas les personnes qui sont encore en phase d’incubation de la maladie« 

On peut toutefois comprendre la crainte des autorités marocaines vis-à-vis de ce problème d’autant que l’Espagne avec laquelle le Maroc a beaucoup d’échanges est le pays le plus touché d’Europe.

A la sortie du poste frontière, nous retrouvons Mohamed, notre chauffeur, à qui nous avions téléphoné plus tôt et entamons le retour vers Tétouan.   Sur le bord de la route de nombreux taxis attendent les marocains qui ont passé la journée à Ceuta.
En attente d'un transport Taxis en attente au poste frontière
La visite de Ceuta  fera l’objet d’un autre article.

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Les élections

juin 13, 2009 By: Dar Rehla Category: Non classé

Ce vendredi 12 juin 2009, plus de 13 millions de Marocains étaient appelés à voter pour élire les conseillers des 221 communes urbaines et 1.282 rurales pour un mandat de six ans.
Pour la première fois dans un scrutin national, un quota de 12% est réservé aux femmes. Trente partis politiques ainsi que des candidats « sans appartenance politique » (SAP) étaient en lice pour ce scrutin.
Je viens d’entendre que les résultats accorderaient un fort avantage au PAM, Parti Authenticité et Modernité pro-monarchique créé il y a un an par Fouad Al El Himma et qui vise le renouvèlement de l’élite politique du pays.
Pendant notre dernier séjour, nous avons pu constater l’engagement des marocains pour ces élections. Presque tous les murs de la médina mais aussi de la ville étaient couverts de placards et d’affiches électorales. De nombreuses banderoles où étaient accrochés les photos des candidats surplombaient les ruelles et régulièrement, des rassemblements constitués des partisans des candidats engagés traversaient la médina en musique et vacarme distribuant de nombreux tracts électoraux dont beaucoup jonchaient le sol après leur passage. On est loin des contraintes d’affichage et de publicité imposées en Belgique. C’est ainsi également que sur certains murs étaient dessinés des tableaux d’affichage sur lesquels étaient tagués les symboles représentant les différents partis.
Certaines boutiques occupées lors de nos précédents séjours par des commerces semblent même avoir été « réquisitionnées » pour l’occasion et sont occupées par des militants.
Je mets ci-dessous quelques photos prises pendant la période précédant les élections.


En tout cas, par rapport aux élections que nous vivons en Belgique, l’implication des citoyens me paraît ici nettement plus importante et perceptible. Une leçon à prendre peut-être par nous qui ne mesurons plus souvent l’importance et la chance que peut représenter la possibilité de voter…
Il semblerait toutefois que bon nombre de votes se font plus en fonction du candidat que du parti ou du programme de celui-ci et il n’est pas rare non plus qu’un candidat élu au sein d’un parti change par après de formation politique.
Rien n’est parfait.
Espérons néanmoins que, suite à ces derniers résultats électoraux, la politique d’investissement et de développement, bien concrète, engagée par le roi Mohamed VI puisse encore s’accroître au profit d’une population encore bien souvent démunie.

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Martil.

juin 06, 2009 By: Dar Rehla Category: Non classé

Hier, après avoir réglé quelques formalités administratives relatives à la création de la société, nous avons fait une pointe jusqu’à Martil, la plage la plus proche où nous n’étions plus allés depuis notre premier séjour à Tétouan en septembre 2008. Cette première visite qui s’était faite dans le contexte du ramadan ne nous avait pas spécialement convaincus et nous avions même trouvé la ville assez triste avec des constructions en front de mer fort hétérogènes et des façades en assez piteux état.
Après un trajet d’une petite demi-heure à bord d’un « grand taxi » dont la boîte de vitesse était manifestement dans un état d’usure assez avancé… nous sommes arrivés sur la corniche qui nous a semblé toute différente. Etait-ce la luminosité de ce mois juin plus ensoleillé, était-ce l’animation sur la plage et dans les rues, toujours est-il que la station avait un tout autre aspect.
Voici quelques photos parmi les nombreuses que vous pouvez trouver dans un des albums du site.
Le centre de Martil La corniche de Martil Maison du bord de plage Terrasses Complexe d'appartements La plage et les immeubles du bord de mer
Nous n’avions pas prévu de maillot de bain et par conséquent pas de baignade possible ; nous avons donc décidé de longer le bord de mer pour passer le temps. Nous n’avions rendez-vous qu’à 19h00 à Tétouan avec Taeib et Mohammed pour faire le point sur le chantier, cela nous laissait trois bonnes heures devant nous. Nous avons pu ainsi testé la température de l’eau qui nous a semblé bonne mais du bout des pieds seulement. La légère brise qui soufflait n’empêchait pas plusieurs baigneurs et baigneuses de goûter au plaisir de la trempette dans cette eau d’un bleu limpide. On a difficile à s’imaginer que d’ici un mois cette plage longue de quelques kilomètres sera remplie de monde !
Sur la plage nous avons trouvé un espace aménagé de paillotes assez sympathiques et d’un établissement annexe faisant fonction de buvette.
Buvette Paillotes
Une surveillance de la plage est assurée par plusieurs maîtres baigneurs.
Surveillance

Aux limites des constructions de la ville en direction de Cabo negro, nous avons rencontré une équipe d’ouvriers occupés à nettoyer la plage de Martil. Cette équipe ratisse la plage entre Martil et Cabo negro, une fois par semaine durant toute la période estivale.
Déchets Le travail de nettoyage L'équipe de nettoyage Nettoyage de la plage
Un travail considérable dont le résultat est concret : la plage que nous avons empruntée est vraiment très propre. Il en est de même de la corniche qui la longe.
La plage La plage de Martil
Avant de retourner sur Tétouan, nous avons dîner à l’une des nombreuses terrasses restaurants de la ville d’un plat de poulet au citrons confits et d’une salade pour un prix plus que modique.
Restaurants
Encore une journée bien agréable.

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L’organisation spatiale des médina – un entrelacs organisé

juin 01, 2009 By: Dar Rehla Category: Non classé

Lorsque vous pénétrez dans la médina par l’une de ses sept portes (six exactement, la septième ayant été obstruée quelques siècles auparavant), vous serez probablement surpris et désorienté par la topographie de la cité. Rien à voir avec nos villes modernes au tracé rectiligne, vous pénétrez ici dans un méandre de ruelles tortueuses, sombres, parfois couvertes pouvant aboutir à des impasses exigües et cette organisation particulière est l’empreinte du peuple qui a érigé Tétouan. Le quartier du Mellah totalement reconstruit entre 1807 et 1809 par ordre du Sultan Moulay Sliman ainsi que le quartier Tranquat répondent, malgré des plans étrangement rectilignes à cette même organisation.

Le tracé des villes musulmanes ne s’est jamais réalisé selon un schéma directeur préétabli par un quelconque planificateur ou une institution particulière. En atteste d’ailleurs l’absence dans le droit musulman, d’un droit d’urbanisme et d’une législation associée . Pourtant toutes les villes musulmanes semblent organisées selon le même plan à tel point qu’on a pu écrire qu’un citadin musulman ne pourrait s’égarer dans aucune médina. Et c’est au travers de la notion de la famille dont la maison peut être considérée comme la matérialisation objective, particulièrement importante, reconnue et protégée par ce même droit que l’on doit envisager le tracé de la ville originale.
L’espace a été édifié par des bâtisseurs plus enclins à aménager des espaces réservés à leur famille qu’à s’occuper de l’organisation fonctionnelle de la cité. Afin de préserver le secret et l’intime de leurs demeures, il vont utiliser divers moyens : ils réduisent au maximum les ouvertures vers l’extérieur, créent des chicanes, obstruent même l’espace public et multiplient les culs-de-sac. Il en résulte cette configuration spatiale particulière qui caractérise la médina : une multitude d’alvéoles plus ou moins jointes par des ruelles étroites et sinueuses.
Toutefois, comme une ville sans passage aurait été un non lieu et les échanges avec l’extérieur indispensables au développement, des voies de communication plus importantes se sont développées simultanément et on peut finalement distinguer trois types de voies au sein de la médina : les artères principales, les voies secondaires et les impasses.

Rue commerçante de la médina Les artères principales traversent la ville d’Est en Ouest et du Nord au Sud, reliant le centre économique et spirituel de la cité à ses remparts; elles jouent un rôle essentiel, celui de canaliser l’itinéraire de l’étranger et des ruraux dans la médina, leur permettant de commercer, d’aller prier à la mosquée tout en restant écartés des quartiers résidentiels. Tétouan ne dispose pas d’un bazar ou « kissaria » que l’on pourrait clairement définir comme centre urbain et tel qu’il se présente dans les autres médina marocaines.
Toutefois la zone située entre Souk el-Hout, Gharsa el-Kabîra et Souk el-Fouqui peut être considérée comme ce centre fonctionnel tellement l’activité commerciale et artisanale y est concentrée. Il s’agit d’ailleurs du centre historique de la ville à partir duquel l’extension de la ville s’est faite de manière excentrique pour atteindre les limites des fortifications actuelles et même au-delà.

Tout au long de ces axes s’étalent les boutiques des artisans et commerçants et l’on pourra remarquer que la répartition géographique de ces activités est souvent associée à une spécialisation, fonction également de leur caractère plus ou moins noble et de la valeur des produits.
Sabat Les ruelles secondaires relient les artères principales aux habitations qui occupent bien souvent les impasses. On distingue les « zenqa » (venelle), les « sabat » (rue couverte), les « talâa » (rue montante), les « outa » (rue plane). On peut y trouver certains équipements nécessaires au fonctionnement de la vie quotidienne tels le four public, le hammam, les fontaines, la mosquée et l’école coranique. Cet espace destiné aux résidents n’est normalement franchi par l’étranger que s’il dispose d’un lien de parenté ou de clientèle. Le passage des rues commerçantes aux ruelles d’habitation est cependant flou et s’opère graduellement.
La notion de quartier était très importante dans l’organisation de la médina et désignée par le terme « hayy » qui signifie avant tout un « clan ». Dans un passé proche, il s’agissait même d’entités spatiales individuelles parfois fermées par des portes.
Au sein de ces quartiers, tout le monde se connait et le contrôle social qui en découle est total. Plaque indicative de quartier Actuellement la limite des quartiers est matérialisée par des plaques en céramique de couleur verte sur lesquelles est inscrit leur nom arabe.

Derb Habibi Les impasses ou « derb » constituent finalement l’espace résidentiel absolu, secret et mystérieux. C’est l’âme de la ville, espace dissimulé aux étrangers. Les occupants de l’impasse composent un groupe solidaire et peuvent entretenir des relations débordant les stricts rapports de proximité. Ces relations privilégiées entraînent une confiance totale à tel point que les maisons peuvent rester ouvertes à tous les occupants du « derb » qui s’annonceront avant de pénétrer par le mot « qarib » (proche). Le « derb » est également très important de par sa fonction de socialisation et d’intégration de l’individu à la cité.

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